Une rose de papier glacé
par
Emmanuelle Raymond
De mémoire de roses, jamais on n'avait vu cela…..
En parvenant à modifier formes et couleurs des roses ; en les dépossédant de leurs épines, en gonflant de plus en plus leurs jupons de pétales, en les rendant le plus accessibles possible, le plus séductrices possibles, le plus photogéniques possible, les roses ont perdu leur parfum….Les roses n’exhalent plus leur senteur à nulle autre pareille...Les roses ne sont plus que des stars végétales artificielles et préfabriquées pour le plaisir conforme et réducteur du plus grand nombre.
Elles sont comme ces très belles poupées des magazines : retouchées, de pacotille, sans aucune saveur, sans aucune vérité, sans aucune singularité ; mortes de perfection et si douces à toucher….sur papier glacé.
Elles sont devenues comme ces âmes et ces cœurs à la sirupeuse bienveillance qui terrassent de leur gentillesse apprise dans les guides du savoir vivre Zen et bien, leurs congénères si obscures qui ont l’outrecuidance de ne pas manifester que de la douceur….Qui préservent encore leurs épines….Oh sacrilège !
Les roses sont devenues politiquement correctes….Mais elles n’ont plus de parfum…
Dieu merci, dans certains jardins abandonnés, peu enclins aux visites et d’abord hostiles, on trouve encore, si l’on se donne et le temps et la peine, des rosiers rebelles et sauvages, aux épines dressées et acérées, et qui exhalent un parfum inoubliable. Mais de ceux là, vous n’emporterez rien qui ne soit pas dans la vraie lumière, rien qui ne soit dans la vraie senteur. D’eux, vous ne tirerez aucune synthèse …Rien, vous n’emporterez en partant rien d’eux…Qu’un souvenir odorant que seuls âme et cœur préserveront…le temps qu’il leur plaira…
Emmanuelle Raymond