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Lettre ouverte au président du PS de Belgique, Elio Di Rupo
par
Michel Collon
Monsieur Di Rupo,
Je vous écris pour vous demander de faire cesser au plus vite ce
scandale : un jeune schizophrène de trente ans est emprisonné à Mons
depuis quatre mois au lieu d'être soigné. Ceci met sa vie en danger et
aggrave les souffrances déjà épouvantables de ses parents.
Vous me direz peut-être : « Adressez-vous à la ministre de la Justice» ? Eh bien, le problème, c'est qu'elle ne répond jamais. Alors,
espérant que vous n'avez pas perdu, vous, la clé de votre boîte aux
lettres, je vous demande d'intervenir au plus vite auprès de votre
collègue, car il y a urgence. Je vous explique brièvement pourquoi...
Ce jeune homme est le fils de deux Montois d'origine italienne,
Giacomina et Pietro. Son père a travaillé dans les carrières, sa maman
est employée. Leur fils s'appelle... En fait, me disent ses parents, «
quand notre fils sera libéré, peut-être qu'il n'aimera pas voir son
nom étalé partout ». Alors, donnons-lui un nom d'emprunt, comme on
fait parfois dans les journaux. Appelons-le... « Elio ». N'y voyez
aucune ironie de ma part, je veux juste souligner que cette maladie
frappe ou frappera une personne sur cent.
Moi aussi, je pensais que « ça n'arrive qu'aux autres ». Mais j'ai
changé d'avis quand ma propre fille, Marie, a été atteinte de
schizophrénie. Elle a vécu plusieurs années terribles avant de mettre
fin à ses souffrances. Elle avait 27 ans. C'était il y a un an et
demi. Je sais donc de quoi je parle et vous demande de me lire avec
beaucoup d'attention.
Un schizophrène n'est pas un délinquant, c'est juste un malade. Comme
cette maladie est très méconnue, j'avais écrit, à la mort de ma petite
Marie, un texte intitulé : « Peut-être connaissez-vous, sans le
savoir, un proche atteint de schizophrénie ? ». J'y expliquais :« La personne atteinte de schizophrénie est victime d'une sorte
d'hypersensibilité. Son cerveau fonctionne « trop vite, trop fort ».
Il semble que les relations chimiques entre les cellules soient
beaucoup plus fortes et nombreuses que chez nous. Du coup, elle «
perçoit » des sons, des images, des sensations qu'elle a du mal à
interpréter. Ceci la plonge dans l'angoisse. Et elle commence à
construire des interprétations, des théories délirantes permettant de« justifier » ce que les autres, forcément, ne perçoivent pas. L'un
entend « des voix » lui disant de commettre tel acte, l'autre se prend
pour un personnage célèbre chargé d'une mission importante.
Et comme ses proches nient sa « réalité », le malade sombre dans la
paranoïa: croyant que le monde complote contre lui et qu'il est donc
en danger. Même s'il commet parfois des violences, le « schizo » n'est
pas agressif, il a peur, c'est tout. Mais bien sûr, son comportement
provoque des réactions en retour de ses proches, et cela ne fait
qu'aggraver leur stress et leur souffrance. Tous vivent dans une
angoisse épouvantable. »
C'est exactement ce qui est arrivé au jeune « Elio ». Sa maladie est
apparue à l'âge de 18 ans, et depuis lors, sa vie est fichue, et ses
parents aussi vivent un enfer. Vous imaginez leur souffrance de voir
leur enfant dans cet état ? Ils ont dû le faire interner pendant de
longues années dans un établissement dit de « défense sociale ». Il y
a eu des améliorations, mais aussi, comme très souvent, des rechutes.
Alors, pourquoi, bon sang, le jeune « Elio » a-t-il été emprisonné le
21 septembre dernier ? Suite à une altercation verbale - je souligne :
verbale - avec un médecin de l'institut psychiatrique où il se
trouvait à sa propre demande. Dans un moment de colère contre des
injections répétées de médicaments abrutissants, il a déclaré « Je
vais te tuer » à ce médecin. Mais tous les schizos disent des choses
comme ça, je l'ai moi-même entendu plusieurs fois dans la bouche de ma
pauvre fille. Cependant, si on agit de façon adéquate, on peut les
rassurer et les calmer peu à peu.
C'est-à-dire justement que la seule place qui convienne à un
schizophrène, c'est un foyer où il sera entouré de l'affection
rassurante des siens. Ou alors, dans les périodes de crises aiguës,
dans un institut spécialisé et compétent. Mais il apparaît qu'en
Belgique, ces institutions manquent de place, car elles manquent de
subsides.
Bravo, la Belgique ! On offre des cadeaux de plusieurs milliards à des
multinationales comme VW, on entretient six gouvernements dans un
petit pays de dix millions d'habitants. Mais on n'a pas assez d'argent
pour le social, pour les écoles, pour les soins aux malades. N'est-ce
pas un scandale ? N'est-ce pas le genre de choses que les gens
voudraient voir changer ?
Soyons sérieux. Imaginerait-on de placer en prison un malade atteint
de dépression chronique, d'alcoolisme ou d'une autre maladie ? Alors,
par quel raisonnement absurde peut-on emprisonner une personne
souffrant de schizophrénie ?
Les nazis éliminaient les « fous ». En Pologne, l'an dernier, une
jeune fille schizophrène a été tuée par les «exorcismes» de
religieuses arriérées. Et la Belgique ? Elle va continuer à jeter des
schizos en prison ?!
Il faut, de toute urgence, libérer « Elio ». A la prison de Mons, il aété battu par des gardiens, en présence de ses parents. Juste parce
qu'il refusait de se faire aider pour rentrer en cellule. Vous vous
rendez compte ? En présence de ses parents ! Que se passe-t-il quand
il n'y a pas de témoin ? De plus, de façon inhumaine, il est interdità sa maman de lui apporter des petites friandises ou des douceurs pour
le réconforter dans sa prison !
De tels comportements sont exactement le contraire de ce qu'il faut
faire. Dans quel état sortira-t-il ? Car nous allons être très
nombreux à nous battre jusqu'à sa libération, ça, je peux vous le
garantir ! Et la famille ira jusqu'à la Cour européenne de Strasbourg
s'il le faut.
D'autant plus que la Belgique y a été condamnée en 1998 pour avoir
détenu en prison une personne qui aurait dû être soignée dans unétablissement spécialisé. Récidiviste, notre pays ? Il s'est déjà
fait, ces derniers temps, une réputation lamentable en matière de
violations des droits de l'homme. D'ailleurs, j'aurai encore
l'occasion de vous écrire bientôt sur un autre sujet, très grave
aussi.
Comme ses parents et ses amis, je suis extrêmement inquiet. Visité en
prison par sa mère, le jeune « Elio » l'a quittée en lui disant : «
Prie pour moi, Maman, car ou bien je vais au paradis ou bien je vais
en enfer. » Les suicides sont hélas fréquents chez les schizophrènes.
Soyons clairs : laisser « Elio » en prison, c'est le condamner à mort.
Monsieur le président, je pense que votre choix est très clairégalement. La ministre de la Justice a le devoir d'intervenir tout de
suite, de le faire libérer et de lui permettre d'être soigné dans unétablissement approprié. En intervenant, vous permettrez de sauver la
vie de ce jeune homme, et vous éviterez qu'on ajoute l'intolérable aux
souffrances de ses pauvres parents. Leur combat ne concerne pas
seulement cette famille, mais bien d'autres aussi, plongées dans des
drames semblables et qui n'ont pas la chance d'être un peu
médiatisées. Il est temps que la Belgique apporte un peu d'humanité
dans sa « Justice ». Prenez vos responsabilités, s'il vous plaît !
Avec mes meilleurs sentiments.
Michel Collon
Bruxelles, le 29 janvier 2007
http://www.mariecollon.info/
http://pourfabrizio.skyblog.com
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