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La liberté (partie 2)
par
Almo

G- C’est quoi la conscience ?

Professeur: Quand, en marchant, tu t’empêtres dans un objet traînant par terre, c’est que tu ne l’avais pas vu. Et tu ne l’avais pas vu, parce que tu regardais droit devant toi. Si, avant d’avancer, tu avais pris soin de jeter un coup d’oeil autour de toi, tu aurais vu l’objet et tu ne l’aurais pas accroché.
Elève: C’est clair ! Donc, il faut prendre conscience pour avoir conscience.
P: Oui, mais en disant cela, tu ne t’es pas trop décarcassé ! La conscience, on l’obtient quand on a mis dans sa tête le plus d’informations possibles pour en tenir compte dans les actions que l’on entreprend.
E: Tu veux dire que la conscience, c’est de la connaissance ?
P: La conscience est toujours de la connaissance, mais avec quelque chose en plus. La conscience est de la connaissance dont on tient compte.
E: Parce que l’on peut ne pas tenir compte de ses connaissances ?
P: Souvent ! Regarde : les gens savent que la pollution est dangereuse. Ils en ont bien connaissance. Mais ils n’en sont pas suffisamment conscients. De sorte qu’ils ont continué à polluer pendant plus d’un siècle !
E: Comme moi, quand je veux desserrer une vis récalcitrante sur le moteur de la voiture : je sens que la clé va échapper et que ma main va aller se broyer sur la paroi d’en face ; mais qu’à cela ne tienne, plutôt que de changer de méthode,

je m’obstine ! L’affaire se termine dans les pansements…
P: Tu vois, tu n’as pas besoin d’aller chercher bien loin ! En fait, quand je dis « je suis assez conscient », cela signifie, que je suis conscient non seulement de l’acte, mais encore de l’origine de ma décision, ainsi que de l’ensemble des diverses répercussions possibles. Donc j’ai à l’esprit le Bolide plutôt que le bolide, la vréalité plutôt que certains de ses aspects partiels. Si nous avions une conscience parfaite de la gravité de la pollution, nous retiendrions illico, parmi les divers choix de fonctionnement de société, ceux qui seraient source d’une pollution minimale.
E: Mais il m’arrive quand même de faire des choses qu’une seconde avant je ne voulais pas faire.
P: C’est que la conscience, telle que je l’entends ici, doit signifier aussi entraînement de ce que notre esprit intègre. Tu vois, ce n’est pas d’hier que je sais qu’une fois mon repas terminé je gagne à rincer les assiettes tout de suite pour éviter que les restes de nourriture y collent. Cela n’a pas empêché que je les ai laissées bien des fois sécher dans l’évier, ce qui ne manquait pas de dépenser inutilement un supplément d’énergie et grand renfort de produit pour vaisselle. Un jour, j’ai décidé de prendre le taureau par les cornes et de les rincer systématiquement, et maintenant, c’est devenu automatique. La conscience du bien-fondé de cette pratique est dorénavant totale.
E: Mais alors pourquoi ne rend-on pas tout le monde conscient ?
P: Tout bonnement parce qu’adopter de nouvelles habitudes demande beaucoup d’effort aux adultes. C’est beaucoup plus facile chez les jeunes, et c’est sur eux que l’enseignant fonde tous ses espoirs.
La conscience, c’est coller à la réalité.


H-L’évidence, comme illusion de la liberté.


Ta liberté, tu n’es pas près d’y renoncer. Tu n’es pas le premier : combien d’hommes ont préféré mourir que perdre leur liberté ? Et pourtant, la liberté est à deux doigts d’être pure illusion. Cela va d’autant plus te surprendre que tu tiens la liberté comme une évidence. Ce que j’appelle une évidence, c’est ce qui s’impose à toi, tout naturellement, sans effort. Tu ne mets jamais en doute une évidence ; tu n’as pas besoin de t’en convaincre. Souvent, tu ne t’aperçois même pas qu’elle existe !
Considère l’air que tu respires. Il a fallu des millénaires à l’humanité pour prendre conscience que la respiration brassait un gaz. On a d’abord cru au souffle auquel est associé la vie. Par exemple mourir, c’était perdre son souffle ; on disait aussi que du souffle venait l’Esprit...
Du souffle au gaz, tu conçois bien qu’il n’y a qu’un tout petit pas à faire. Ce tout petit seuil que tu passes en une fraction de seconde dans ton cerveau d’aujourd’hui, il a fallu des millénaires à la connaissance humaine pour le franchir. Il lui a fallu tout ce temps parce que c’était trop évident !
Comme pour le zéro ! Les Babyloniens, qui se sont dotés du premier système de numération par position, un système remarquable qu’ils utilisaient déjà en 1800 avant JC et dont nous nous servons encore, ont tout de même mis 15 siècles pour découvrir le zéro. Certes ils l’utilisaient implicitement tous les jours, « ils vivaient avec ». Mais son absence a été source à la fois de complications et d’erreurs. Leur système, bien que de base 60 et de jeu de caractères cunéiformes, restait proche du nôtre, et pour simplifier, je vais transposer sans inconvénient la problématique du zéro babylonien dans notre système décimal moderne : Sans le zéro, comment distinguer 12 de 102 ? Dans une première étape, les Babyloniens ont laissé un vide pour représenter 102 : 1 2. Mais il y eu des oublis de la part des scribes, ou des confusions entre 1 2 et 1 2, soit 102 et 1002 ! Ce petit vide, ce « rien » qui représentait pourtant bien « quelque chose » de très important a dû attendre le 3ième siècle avant notre ère pour que les Babyloniens lui prête vie.

Ils ne s’en sont d’abord servis que pour noter les nombres, les écrire. Il aura fallu plus de temps encore pour qu’ils attribuent aussi au zéro la signification de « quantité nulle », signification si commode pour les soustractions et autre opérations arithmétiques qu’ils nous ont ensuite léguées.
Tu penses qu’elle était complexe, la notion de zéro ? Non, au contraire, simple comme bonjour. Trop évidente pour que l’homme ait eu d’emblée le recul suffisant qui lui permette de la remarquer et de la concevoir correctement !
Pour finir, tu sais que sans mémoire, pas de pensée ! Un bébé ne comprend rien à l’image d’un livre ou d’un écran avant de l’avoir reconnue comme une représentation de son espace à trois dimensions. L’environnement dans lequel il évolue ne prend le relief que lorsqu’il commence à apprécier les différences de distances. A ce moment là, et pas avant, il devient capable d’établir un accord entre son espace extérieur et la représentation qu’il s’en ait faite et qu’il a déjà mémorisée (cela en plus de la forme des objets). Tu comprends pourquoi je dis que la mémoire est indispensable à notre pensée !
La mémoire est donc une nécessité absolue. Cette valeur fondamentale ne va pas sans une contre-partie gênante. La mémoire « mémorise » si bien, pourrait-on dire, qu’elle a beaucoup de mal à se modifier, quand cela se révèle nécessaire. C’est le cas quand par exemple on aurait mémorisé une erreur, qu’il s’agit maintenant d’effacer. Il est souvent difficile d’effacer une impression, une conviction, une évidence. Voilà un handicap qui ne va pas nous aider pour y voir clair dans la trame invisible des évidences. Car quand un mode de raisonnement est ancré dans notre cerveau, il faut bien des efforts et du temps pour le reconfigurer.
Ainsi, depuis longtemps, je me suis rendu compte qu’il ne me suffisait pas d’énoncer une évidence pour la faire admettre à mon interlocuteur. Il me fallait d’abord lui laisser le temps de s’en imprégner. Il devait faire sienne cette évidence, s’en revêtir comme d’un vêtement de travail. A chaque instant, se la rappeler, et repasser devant le miroir pour faire le constat qu’elle lui sied bien. Vois-tu, aucun d’entre nous n’a le privilège de naître doué d’une infinie liberté de pensée. Nul n’est doté d’un éveil suffisant qui lui permettrait de ne plus avoir qu’à acquiescer devant l’évidence. Non, décidemment, tous les êtres que nous sommes ne se construisent qu’au prix d’un dur labeur, brique après brique.
Et la liberté, dans tout ça ? Eh bien elle aussi n’est qu’une « évidence » de plus. Elle est tellement profondément enracinée dans notre chair que nous pensons que rien ne peut nous la prendre. Et, pour preuve, nous croyons l’exercer à chaque instant. Et pourtant, combien nous nous trompons ! Car la réalité est toute autre : nous ne sommes pas libres du tout ! Malgré cette soif de liberté que nous nourrissons tous, nous sommes infiniment soumis. Je vais te le montrer noir sur blanc, comme conséquence de l’accord unique. Mais, je te rassure tout de suite, nous ne terminerons pas sur cette note pessimiste, bien au contraire. Car quand tu sauras développer et mettre en oeuvre ta conscience, tu goûteras la récompense de jouir d’une marge de liberté recouvrée.
Avant d’aller plus loin, je vais titiller ta curiosité avec une autre évidence incroyable. Tu verras ainsi que l’accord, dans son universalité, n’est pas un concept banal et qu’il mérite que l’on se penche sur ses cas extrêmes.
Je vais ensuite aller encore plus loin que nos limites mentales. Je montrerai noir sur blanc que nous ne sommes pas libres du tout, que nous sommes même infiniment soumis. Et cela sera démontré malgré cet énorme désir de liberté que nous avons tous. Mais, je le rappelle, nous ne terminerons pas ces observations sur un note pessimiste, bien au contraire. Nous saurons aussi montrer qu’à l’impossible liberté, prouvée par l’accord unique, il nous est quand même possible d’être un petit peu libre. Suprême récompense à celui qui saura cependant développer suffisamment sa conscience.

I-Et si l’espace n’existait pas ?(I)

P: Maintenant que nous avons justifié l’existence d’une loi unique dans l’univers, nous disposons d’un outil de travail fabuleux ! Grâce à cet « absolu absolu », nous allons pouvoir investir des domaines restés jusqu’alors impénétrables.
E: Là, je te suis à cent pour cent : l’accord doit répondre à tout, puisqu’il est unique, donc plus universel et plus absolu que tout autre concept...
P: Oui, et comme tout mystère n’est qu’un assemblage d’accords, il ne tient plus qu’à nous de le décomposer pour pouvoir le pénétrer. Tu verras d’autre part que dès l’instant où l’on pense depuis une réalité unique, c’est-à-dire l’accord, certaines réalités de notre vie quotidienne peuvent prendre une tournure radicalement différente.
E: J’aimerais bien voir ça !
P: Attaquons-nous à une évidence : dire que l’homme est plus grand que le soleil est une idée aussi saugrenue que ridicule. Et pourtant je te promets des surprises incroyables. D’un seul coup, un lieu commun va choir de son piédestal en même temps qu’une idée saugrenue va devenir évidente.
E: Tu fais souvent fort, je le reconnais, mais là j’ai bien peur que tu te trompes.
P: Patiente, et tu verras. Et pour tester la puissance de l’accord, je te propose d’affronter l’impossible. Je vais d’abord te montrer que l’espace est un accord, tout comme n’importe quoi d’autre.

De ce fait, tu comprendras qu’on ne peut y évoluer sans rester en accord avec le reste. Et « rester en accord » veut en même temps dire « loin de la liberté » que l’on pensait être nôtre.
E: J’attends de voir ça.
P: Le Néant ne connaît qu’une seule réalité, et nous avons vu que de ce fait, il ne pouvait pas y avoir d’espace entre deux élémons. Mais qu’en est-il de l’espace à notre niveau, l’espace que nous parcourons dans nos promenades, l’espace des astronautes ? Examinons la question en faisant un exercice. Il consiste à comparer la dimension de l’homme à celle de l’univers. Nous mettrons le temps qu’il faut pour y parvenir, et la réponse sera loin d’être ce qu’on imagine habituellement. Certains physiciens admettent déjà que l’espace n’est qu’une représentation de la réalité, une sorte de trompe-l’oeil auquel nous sommes habitués, et qui est bien commode dans la vie de tous les jours. Ils disent aussi que si l’espace est une représentation, cela veut dire que son concept est délibéré (c’est-à-dire d’un usage occasionnel, et fréquent quand cela semble plus pratique).
E: Les physiciens sont de grands esprits ; je les laisse avec leurs grandes opinions. Moi, je sais bien que l’espace existe, que quand je fais un pas en avant, je pénètre un nouvel espace. Quelle évidence !
P: Alors pour remettre en cause ton approche, dis-moi donc : quelle est la plus courte distance entre Paris et New York ?
E: A coup sûr, la ligne droite qui joint les deux villes. Et mes connaissances en géométrie me permettent de t’assurer qu’il n’y en a qu’une !
P: Mais non, mille fois non ! Tu sais bien que la ligne droite entre Paris et New York traverse notre globe terrestre. Suivre cette ligne t’obligerait à forer un tunnel qui coûterait la
fortune de l’humanité ! Non, la meilleure route est celle qui consomme le moins d’énergie. Elle est proche de la trajectoire de l’avion qui suit la courbure du globe.
E: ... !!
Le chemin le plus court entre Paris et New-York n’est pas la ligne droite.

J-Et si l’espace n’existait pas ? (II)

P: Au cours de tes promenades à dos de mule dans la montagne, tu as dû remarquer que la brave bête serpentait entre les rochers. Là aussi, elle cherchait la voie la plus facile.
E: Donc le chemin le plus direct n’est pas forcément la ligne droite ?
P: Tu vois il serait temps d’apprendre aux enfants que la ligne droite n’est pas toujours droite !
E: Non la ligne droite est droite par définition, mais ce n’est pas toujours la distance la plus courte.
P: Qu’est-ce qu’il ne faut pas expliquer pour te convaincre. Voici une autre démonstration. Trace une ligne droite sur une feuille de papier avec la règle. Bien, voilà une superbe ligne droite ! Maintenant, cintre la feuille... Tu vois ta droite devenir courbe, en même temps qu’elle adopte la forme cylindrique que tu donnes au papier ? Elle suit la forme de son support.
E: Pourquoi complique-tu toujours tout ?
P: Pour me rapprocher de la réalité. Pour comprendre le comportement réel de la droite, les physiciens introduisent le concept d’équipotentiel.
E: Toujours des mots compliqués.
P: La droite Paris-Lyon suit le trajet le plus économique. La pluie ruisselle vers la zone par où l’écoulement se fait le plus facilement : elle descend vers le lit de la rivière et nulle part ailleurs.
E: Ah, je comprends ! La ligne droite est celle qui demande l’énergie la plus faible.
P: Exactement. Et sur ton papier, l’encre de la droite suit aussi la voie de moindre énergie. Pour cela elle n’a rien de mieux à faire que d’épouser la forme de son support. Résister à la courbure pour rester droite lui demanderait une énergie supplémentaire !
Elle se place en situation de potentiel le plus bas. On peut aussi dire que le cylindre que forme la feuille-support est un équipotentiel : même niveau minimal d’énergie entre chacun de ses points.
E: Alors ma ligne est droite tant qu’elle reste collée à son support…
P: Cela est la définition générale de la droite. La droite tracée sur la feuille de papier plate n’était qu’un cas particulier. Donc « droite » signifie fondamentalement : énergie minimale.
E: Mais je ne vois pas pourquoi la droite dépend de l’énergie, plutôt que de l’espace ?
P: Au moins constate déjà que la représentation spatiale n’est pas applicable dans tous les cas de figure, et qu’en ce sens elle est sans envergure universelle. Alors que l’énergie est un concept de dimension plus large, acceptant une généralisation plus grande.
E: Fort de cet enseignement, je devrai moins souvent m’exclamer, quand je retrouve un ancien copain «Oh, comme tu as grandi » mais plutôt « Oh, comme ton énergie s’est développée » !
P : Tu l’as bien dit !
Almo

 





 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 



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