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La liberté (partie 1)
par
Almo

 

La liberté est après l'amour ce à quoi l'homme attache le plus d'importance. Malgré cela, la liberté auquel il pense n'est pas forcément celle qui se présentera à lui.


Table des matières du Livre 12

A- Dieu.
B- Que devient ma liberté ?
C- Le kael.
D- Au gré d'une méditation.
E- Que faire de ma liberté ?
F- Entrer dans l'univers.
G- C'est quoi la conscience ?
H- L'évidence, comme illusion de la liberté.
I- Et si l'espace n'existait pas ? (I)
J- Et si l'espace n'existait pas ? (II)
K- L'histoire du petit philosophe grec.
L- Et si l'espace n'existait pas ? (III)
M- Voir clair dans la réalité, c'est entrouvrir l'avenir de l'homme.
N- La Vérité réclame un esprit objectif.
O- Les axes cosmiques.

A- Dieu

Elève: J’ai eu huit ans, dix ans, maintenant j’en ai douze. Je n’arrête pas de grandir, néanmoins je me vois moi, comme j’ai toujours été, inchangé.
Ma maman, c’est par elle que je demande tout et que j’obtiens presque tout ... en insistant un peu. Mon papa, c’est par lui que j’obéis. Il est mon grand chef.
Le prêtre, lui, me dit que Dieu est le Chef du chef, le Père de mon père. Aussi le Père de ma mère. Dieu est mon super-Père.
On me dit que Dieu est invisible ; en effet je ne l’ai jamais vu. Mais il décide de tout. Là, je ne suis pas d’accord. Quand je pose le pied en avant, c’est moi qui le pose et non lui.

Professeur : Eh bien non, car d’où vient ton intention d’avancer ton pied ; de toi ? ; mais «toi» est fabriqué par qui ? Pas par toi. Par tes parents ? Sans doute, mais tes parents sont fabriqués par qui ? Par tes grands-parents et tes arrière-grands-parents, etc.
Tu vois aucun être humain ne s’est fabriqué lui-même ; tous, par un parent et en définitive par appui sur les animaux et les plantes, qui se sont transformés progressivement pour donner l’homme.

E: Et donc les animaux et les plantes sont eux-mêmes conséquences de l’évolution de la nature, de l’évolution de l’univers.

P: Tout à fait. Ce n’est pas toi qui as décidé d’avancer ton pied ; d’ailleurs, quand tu marches, tu n’y penses même pas ; c’est tout l’univers qui t’a fabriqué qui te fait avancer.
Rappelle-toi : le vase sur la table existe parce qu’il s’appuie sur l’univers. Et toi de même tu décides de faire quelque chose parce que l’univers en a décidé ainsi.
Comme c’est Dieu qui décide pour l’univers, c’est bien lui qui décide pour toi.
En philosophie on exprime cela autrement ; on dit " Tout est déterminé."

B- Que devient ma liberté ?

E: Tout est peut-être déterminé, mais moi je me sens libre. Je fais ce que je veux et, si j’obéis, c’est éventuellement aussi pour faire plaisir à Papa et Maman.
P: Tu ne fais pas ce que tu veux ; tu ne fais pas pipi dans le salon ; tu ne casses pas les carreaux de ta maison ; il y a mille choses que tu ne fais pas, parce qu’on ne doit pas faire cela, parce que cela ne correspond pas à un accord global.
E: C’est normal.
P: C’est normal, parce que tu suis ce qui est déterminé par tes parents, et loin en loin par Dieu, par l’univers, par ce qu’on appelle surtout « le déterminisme ».
E: Tu veux dire que ma liberté est une simple impression et non la réalité ?
P: Pour être précis, tu as une certaine liberté, mais cette liberté n’est pas « faire n’importe quoi » ; elle consiste à « faire ce qui convient ».
E: Et si je ne suis pas d’accord de faire ce qui convient ?
P: Alors tu vas à l’encontre de contre-forces : soit des hommes qui s’opposeront à ce que tu fais, et dans le but de protéger la paix, soit des risques d’accidents, voire de mort, comme rouler dangereusement en voiture.
E: Mais alors je dois me soumettre à des règles. Je n’aime pas les règles.

P: Personne n’aime les règles. Mais rappelle-toi l’esprit qui les anime. Les règles servent à savoir « quelles sont les actions qui nous font du bien ou nous apportent le Bien ? » et son opposé « quelles sont les limites des actions où elles commencent à faire mal ou à provoquer le Mal ? ».
E: Si je comprends bien, ma liberté est le bon fonctionnement de moi-même.
P: Oui, d’une part. C’est aussi répondre tout simplement à ce que tu es. Tu respires parce que ta nature le réclame; tu marches parce que ta physiologie t’y pousse ; tu t’acharnes à avoir raison contre le bon sens, parce qu’un code d’honneur en toi est naturellement là pour défendre ta désir de t’affirmer, ...
E: Si je ne marche pas en arrière, c’est que la structure de mon corps est faite pour marcher en avant.
P: La liberté, c’est aussi optimiser ce que tu peux faire de mieux. C’est étudier davantage pour disposer de meilleurs arguments dans les discussions. Tu vois, les règles sont en fait moins la soumission à une autorité que tu contesterais, qu’un aboutissement normal à ce que tu es, à ce que la nature est.
La liberté, c’est s’accorder à ce qui est.

C- Le kael.


E: Qu’est-ce donc ce mot étrange ?
P: Ce mot cache en fait le mécanisme du déterminisme.
E: Et qui m’empêche d’agir n’importe comment ... Mais comment fait-il cela ?
P: Très simplement, comme tu vas le comprendre par cet exemple. Suppose une chambre rectangulaire habituelle comme ta salle à manger. Imagine qu’elle soit complètement vide ; aucun meuble. Tu peux y circuler en tous sens.
E: Sauf sur les murs et le plafond !
P: On se comprend. Place alors une grande table en son milieu : fini d’y circuler en tous sens. Ta liberté est dorénavant réduite.
E: Mais où est le kael là-dedans ?
P: Le kael est la structure qui conditionne les créatures. Considérons les murs de la pièce comme une première structure. Fermé à l’intérieur, tu ne peux pas circuler à l’extérieur, mais tu es complètement libre à l’intérieur.
E: J’ajoute la table et me voilà dans une structure encore plus restrictive. Donc, si je comprends bien, le kael est mon pire ennemi, qui m’oblige à vivre en prison.
P: Dans une prison déterministe certes, mais contrairement à ce que tu crois, pas du tout en tant qu’ennemi.
E: Alors là, je ne suis pas du tout d’accord.
P: Essaie de comprendre. Quand il n’y avait pas la table, tu courais en tous sens, donc en définitive nulle part ! Avec la table, ta circulation est dirigée.
E: Toujours pas d’accord, puisque alors je tourne en rond ; c’est pire.
P: C’est dans la chambre vide que tu tournerais en rond. Avec la table tu es un peu dirigé. Dans le cas de cette exemple trop simpliste, la différence est faible. Mais dans la réalité, c’est tout autre. Sans les chemins et les routes, tu mettrais un temps fou pour rejoindre la mer et les plages. Là tu vois le kael est bien un ami. A treize ans tu n’aimais pas franche­ment tes relations du sexe opposé, mais par la suite la kael te préparait une structure physiologique qui autour de vingt ans allait quand même te rendre très amoureux. N’est-ce pas aussi une action sympathique de la part du kael ?
E: Je comprends ce que tu dis, mais je reste chagriné de dépendre de ce drôle de machin.
P: La réalité « qui est » ne correspond pas toujours - je dirais même peu souvent - avec la réalité « qu’on voudrait qu’elle soit ». Psychologiquement on supporte mal de rencontrer des murs, des obstacles. Il n’empêche que c’est en te construisant ta propre cathédrale intérieure, faites de murs, que tu donneras à l’humanité le meilleur de toi-même.
E: Il me faut réfléchir ...

D- Au gré d’une méditation ...

Suis-je libre de respirer uniquement quand je le désire ?
Puis-je refuser longtemps de manger quand j’ai faim ?
La liberté se mesure-t-elle au gré de mes désirs ?
L’homme ne devient-il pas esclave à ne suivre que son instinct ?
La liberté s’oppose aux murs, mais c’est aussi aux murs que l’on doit la constructure de sa maison.
La contrainte limite ta liberté apparente, mais te stabilise.
Ma liberté s’arrête là où commence la liberté des autres.
La liberté d’être ce que nous sommes ne nous suffit pas ;
nous voulons encore celle d’être ce que nous ne sommes pas.
Des murs peuvent servir à la prison,
mais aussi à des couloirs menant à la liberté.
Le potentiel cosmique de l’homme est infini, mais son usage reste insignifiant.
La foi n’est qu’une direction à suivre, jamais des obstacles à craindre.
Qu’est-ce donc la liberté, sinon optimiser sa vie pour le bonheur de tous.
Plus de choix, plus de comparaisons ; plus de comparaisons, plus d’optimisations.

E- Que faire de ma liberté ?
E: Est-ce que le propre des jeunes, n’est pas de vouloir tout faire?
P: Ou plutôt de vouloir toucher à tout. C’est un penchant naturel pour éclairer leur lanterne sur la réalité de l’existence. Ce vouloir tout faire, comme tu dis, est une explosion naturelle à leur âge, un feu qui baisse lorsqu’ils trouvent satisfaction, un feu qui s’éteint aussi quand ils constatent l’effort à consentir. Côté satisfaction, la plus fréquente est la rencontre de l’amitié et surtout de l’amour. Ah l’amour, qui marque une croix sur leur jeunesse et les font entrer dans la vie concrète.
E: Et si la satisfaction n’est ni l’amitié ni l’amour ?
P: Cela peut être la recherche d’un travail, l’enjeu d’une passion, la réalisation d’un idéal ...
E: Et si ce n’est toujours pas cela ?
P: Alors il devient peut-être philosophe, car ce personnage-là est celui qui cherche à comprendre jusqu’au bout. Il s’interdit alors de se marier, soupçonnant bien qu’alors l’élan pour l’infini retombe irrésistiblement sur Terre. Et quand il trouve enfin ce qu’il cherchait, il constate cette chose extraordinaire que la liberté est une obéissance, une obéissance certes à un être supérieur, en fait obéir à la Nature, à la réalité de ce qui est; Et ce n’est pas rien, car cette vréalité prend beaucoup de temps à découvrir.
E: Explique.
P: C’est la Nature qui nous a fait ; c’est vivre totalement ce que la Nature a fait en nous ; c’est intégrer consciemment ce qui résidait déjà inconsciemment.

E: Je ne comprends toujours pas.
P: La meilleure façon de faire une oeuvre est qu’elle puisse nous plaire le plus possible. Nous projetons ce que nous aimons. La Nature se projette jusqu’à nous créer pour vivre à travers nous ce qu’elle est.
E: Bigre !
La vraie liberté : être selon l’univers.

F- Entrer dans l’univers.

E: Maintenant que tu m’as dit que ma liberté est d’être selon l’univers, je ne me sens plus aussi libre. Maintenant je pense tout le temps à tout ce qui se fait en moi, qui n’est plus tout à fait moi.
P: C’est vrai, mais j’ai une solution pour toi. Plus tu es conscient d’une réalité, plus tu en as le pouvoir. Je m’explique. Tu prends la liberté de fabriquer par exemple une chaise. Tu utilises des planches et des clous. Résultat, une chaise laide, inconfortable et lourde. Alors tu apprends chez un fabriquant de chaises la bonne façon de les faire. Un apprentissage qui dure des mois. Et finalement tu parviens à fabriquer une chaise belle, confortable et légère.
E: C’est génial, mais tu veux dire que je dois faire des efforts pour avoir des pouvoirs ?
P: Tu as tout compris. En devenant plus conscient d’une réalité, tu en prends le pouvoir.
E: Oh là, là, c’est fantastique. Je suis prêt à beaucoup d’effort pour avoir le plus de pouvoir possible.
P: Voilà une sage décision. Comprends alors bien ceci : il faut de l’effort pour être plus conscient, et plus tu seras conscient, plus tu grignoteras une part du gâteau, une part du déterminisme.
E: Tu veux dire que le déterminisme se mange ?
P: Oui, oui, tout à fait. Le déterminisme est réalisé par les accords qui n’arrêtent pas de s’accorder entre eux. Plus tu es conscient de ces accords, plus grand est le territoire du déterminisme qui est entré en toi.
E: Oh là, là, c’est fou ça !
P: La vraie liberté, c’est de mettre de l’univers en soi, et non un univers fantaisiste, celui de ses rêves, qui ne tiendrait pas longtemps. Tu mets la réalité en toi, la vraie réalité appelée vréalité ; tu mets Dieu en toi, lui qui représente Tout. Et tout ça, grâce à la conscience.
E: Pas trop vite ! Quand tu parles, je te suis ; mais après, je ne te suis plus, je ne suis plus d’accord. Je pensais que manger du déterminisme était une blague. C’est impossible d’en manger.
P: La bouche qui mange le déterminisme est en fait notre cerveau, qui nous permet d’intégrer en soi de plus en plus de connaissance. Plus on sait, plus étendus sont les choix.
E: Je comprends : choisir entre deux objets, c’est presqu’en imposer un ; choisir entre mille objets, c’est vraiment s’écouter intérieurement pour savoir quel sera la meilleure décision.
P: Tu parles comme un sage.
E: A force de te subir, excuse-moi, je finis par profiter de ta sagesse.
P: Autre qualité de l’intégration : plus on en sait de la réalité, plus on peut tenir compte de tout pour ajuster ses actions.
E: Oui mais, cela donne quel avantage ?
P: L’homme cherche naturellement le Bien ; encore faut-il qu’il puisse voir clair dans la réalité. L’enfer est pavé de bonnes intentions. L’intention est comme une pulsion, comme un ressenti, un vouloir immédiat qui ne tient pas compte des besoins du monde, voire de l’univers, car trop égocentriste. C’est par ignorance des répercussions d’un Mal, que celui-ci peut librement se développer en soi. Comprendre l’origine de sa pulsion et la gravité de ses répercussions sur soi et les autres fait sérieusement corriger le tir de nos décisions.
Le pouvoir de la vie se bâtit sur la conscience.

(la suite ici....)

Almo

 

 





 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 



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