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INTRODUCTION AU DETERMINISME UNIVERSEL
par
Gilbert GUSTINE
L'Homme naît, vit et meurt et, durant les années qu'il passe sur cette terre, il
ne connaîtra que quelques rares instants de bonheur, qui illumineront sa vie sans
jamais parvenir à compenser les soucis, les désillusions, l'anxiété et les maux qui
l'accableront le reste de son existence.
Ceux qui souffrent éprouvent un profond sentiment d'injustice :
"Qu'ai-je fait pour mériter le malheur qui me frappe, qu'ai-je fait pour justifier la
rigueur avec laquelle le destin s'acharne contre moi ?"
Les pages qui suivent voudraient répondre à cette question et leur apporter,
sinon une consolation, du moins une conception de la destinée humaine leur
permettant de mieux supporter leur sort.
Durant des siècles, l'Humanité, dans son besoin désespéré de protecteurs
contre les maux de l'existence, a créé à l'image de l'homme les dieux qui
peuplèrent les panthéons égyptien, grec et romain, le Dieu des religions juive,
chrétienne et musulmane.
C'est eux qui régissaient le monde, c'est eux qui régissaient la destinée
humaine, c'est eux seuls qui pouvaient nous protéger du malheur.
L'esprit humain se dégage lentement de cette illusion et nous vivons
actuellement LE CREPUSCULE DES DIEUX.
Si la Nature a horreur du vide, l'esprit humain l'a davantage encore et
l'Homme, ayant besoin de croire en quelque chose, se raccroche toujours à
l'illusion qui le berça si longtemps.
D'où la lente agonie des religions existantes, la montée de l'intégrisme, la
floraison des sectes.
Et pourtant, !'Etre Suprême est là, devant nous.
Ce n'est pas Dieu, création de l'esprit humain, que nul n'a vu, ne voit et ne
verra jamais.
Ce n'est pas Dieu, à l'esprit trop humain, capable, comme le dernier d'entre
nous, de colère et de rancune.
Ce n'est pas Dieu, bien fatigué par le long usage qu'en on fait les Eglises
pour tenter de régenter le Monde en son nom, car celui qui le créa, le submergea,
fit s'ouvrir la mer, n'est plus capable aujourd'hui d'empêcher la ruine de son
sanctuaire ou la maladie de celui qui se prétend son représentant sur Terre.
Cet Etre suprême, nous n'aurons jamais à croire en lui, car il existe, car nous
le voyons à chaque instant de notre vie, car nous en faisons partie.
C'est L'UNIVERS, éternel et infini, dont les lois régissent tout ce qui est, fut
et sera, dont les lois régissent à chaque instant notre vie, nos actions, notre
destinée.
Quand, tentant de comprendre l'Univers, nous suivons le déroulement de ses
phénomènes, nous découvrons immédiatement sa vérité première : par
l'enchaînement des causes et des effets, chaque phénomène est la conséquence
nécessaire d'un phénomène précédent et détermine aussi rigoureusement le
phénomène suivant.
C'est LE DETERMINISME UNIVERSEL, qui régit tout ce qui est, fut et sera.
A l'instant où je frappe ces lignes, je ne pouvais être ailleurs que là où je
suis, je ne pouvais avoir d'autres pensées que celles que m'impose mon cerveau à
cette seconde précise, je ne pouvais trouver d'autres mots pour les exprimer que
ceux que vous lisez actuellement.
Ce déterminisme absolu, c'est lui qui régit LA DESTINEE HUMAINE, non pour
notre bonheur ou notre malheur, dont l'Univers n'a cure, mais pour que chacun de
nous concourre, comme chaque goutte d'eau de la mer, comme chaque grain de
sable du désert, à l'Harmonie Universelle.
Telles sont les idées que nous développerons maintenant selon le plan
suivant :
LE CREPUSCULE DES DIEUX
Le phénomène religieux
La peur humaine
L'ère du sorcier
La naissance des dieux
Les religions de la Terre
Le polythéisme
Le monothéisme
La religion du Ciel
Nul n'est prophète en son pays
Le triomphe du Christianisme
La trahison du Christianisme
Survivance des religions
Echec de l'athéisme négatif
L'Etre suprème
L'UNIVERS
L'Univers, être suprême
Nature de l'Univers
L'Univers est éternel
- La conservation de la matière
- La soi-disant expansion de l'Univers
- Le Big bang
- Succès de la théorie du Big bang
- L'illusion de l'expansion de l'Univers
- L'Univers est éternel
L'Univers est infini
- L'Univers des philosophes
- Les observations astronomiques
- Le paradoxe d'Oberts
- La courbure de l'espace
- L'Univers est infini
L'Univers est régi par des lois immuables
LE DETERMINISME UNIVERSEL
L'enchaînement nécessaire des causes et des effets
Les deux principes d'organisation de l'Univers
Apparition de la Vie
Vie et Déterminisme
Négation du Libre Arbitre
Déterminisme et Fatalisme
LA DESTINEE HUMAINE
L'Homme n'est que matière
Les deux mondes de la vie
Le monde des actions
- Nos actions sont déterminée
- L'irresponsabilité humaine
- Acta est fabula
- La fraternité retrouvée
Le monde des sensations
- Les sensations physiques
- Les sensations intellectuelles
- Les sensations du passé
- Les sensations du futur
- L'espoir
- Le désespoir
- La peur du lendemain
- L'illusion des stoïciens
- L'erreur de Montaigne
- Le pire n'est pas toujours sûr
- Bonheur et malheur
L'Idéal
- Vivre pour un idéal
- Idéal et évolution
- Idéal et révolution
- Idéal et bonheur
La Mort
CONCLUSION
LE CREPUSCULE DES DIEUX
Le phénomène religieux
Le poète latin Stace a, dans un vers fameux, donné avec la concision propre au
génie romain l'explication du phénomène religieux :
PRIMUS IN ORBE DEOS FECIT TIMOR
(Dans le monde, c'est la peur qui créa la première les dieux)
La peur humaine
Depuis qu'il est apparu sur Terre, l'Homme a peur. Il sait qu'à tout moment le
malheur peut fondre sur lui.
Le progrès et la civilisation ont changé l'objet de cette peur, mais n'ont pu et ne
pourront jamais la faire disparaître.
L'Homme primitif avait peur, peur des bêtes féroces qui l'entouraient, peur du
tonnerre, peur de la maladie, peur de la mort.
L'Homme d'aujourd'hui a peur, peur du chômage, peur de l'avenir, peur du
cancer, peur de la mort.
De même que l'enfant, lorsqu'il a peur, se réfugie dans les bras de ses parents,
l'Homme chercha désespérément une force qui put le protéger du malheur,
comme le père protège son enfant.
L'ère du sorcier
Il se trouva, dans la tribu primitive, quelqu'un qui comprit ce besoin et sut en
profiter : le sorcier.
Il vendit aux plus crédules des fétiches, des talismans, des porte-bonheur, dont
la puissance surnaturelle protégerait du malheur ceux qui les posséderaient.
Ainsi naquit la première forme de superstition, qui traversa les siècles.
Aujourd'hui encore, des commerçants sans scrupules proposent, dans la
Presse de bas étage, des croix miraculeuses et des bijoux soit-disant
magnétiques censés apporter le bonheur à ceux qui les portent.
La naissance des dieux
Le porte-bonheur perd toute crédibilité quand celui qui le porte voit néanmoins
survenir les maux dont il était censé le protéger.
L'esprit humain substitua donc à la protection d'un objet qu'on achète celle
d'un être tout-puissant dont on achète la protection.
Si l'on a acheté celle-ci et que le mal que l'on craignait survient néanmoins, l'on
pourra toujours se dire qu'on ne l'a pas payée assez cher, qu'on n'a pas satisfait
suffisamment à ses exigences.
Au sorcier et au porte-bonheur du premier âge se substituèrent ainsi le prêtre et
le dieu, celui-ci n'étant que la forme immatérielle du porte-bonheur.
Les religions de la Terre
A l'origine, les religions eurent donc seulement pour but de promettre à
l'Homme une protection contre les maux dont il avait peur, en contrepartie de
sacrifices offerts au dieu protecteur, c'est-à-dire, dans la pratique, de dons faits au
prêtre qui prétendait parler en son nom.
Nous les appellerons donc les religions de la Terre, car c'est sur cette Terre,
dans la vie terrestre, que le dieu apportait au fidèle sa protection et, pourquoi pas,
le bonheur.
Telles furent les religions chaldéenne, phénicienne, grecque, romaine.
Telle fut la religion égyptienne, car la momie n'était qu'une façon de se
cramponner à la vie le jour où celle-ci devait prendre fin, la vie d'outre-tombe
qu'un simple prolongement de l'existence terrestre.
Le polythéisme
La protection du dieu étant imaginaire et donc totalement inefficace, le
polythéisme fournissait à ses échecs un alibi commode.
Comme il était matériellement impossible de sacrifier également à tous les
dieux du panthéon égyptien, chaldéen, grec ou romain, il était toujours possible,
quand la protection d'un dieu s'avérait inefficace et que, malgrè les sacrifices faits
sur ses autels, le malheur survenait, d'imputer celui-ci à la jalousie d'un autre
dieu, mécontent d'avoir été oublié.
C'est ainsi que, durant des siècles, le paganisme permit aux hommes d'obtenir
de la religion ce qu'ils en attendaient - et qui est d'ailleurs tout ce qu'elle peut leur
donner - l'illusion d'une protection contre les maux de l'existence.
Le monothéisme
Le monothéisme - qui faillit triompher en Egypte quand Aménophis IV tenta de
substituer aux dieux du panthéon égyptien Aton, personnification du Soleil -
triompha en Palestine quand le peuple juif finit par adorer Jéhovah comme dieu
unique.
Le monothèisme bouleversa toutes les conceptions religieuses.
Au départ, le principe est le même : on adore Jéhovah, on sacrifie sur ses
autels et, en contrepartie, on attend de lui sa protection contre les maux de
l'existence, le bonheur terrestre.
A l'arrivée, le résultat est très différent.
Le romain qui, malgré un sacrifice fait à Neptune, voyait sa famille décimée par
la peste ou se retrouvait ruiné, pouvait toujours imputer son malheur à Mercure ou à Mars, auquel il n'avait pas suffisamment sacrifié, ou qu'il avait offensé d'une
façon qu'il ignorait encore, mais que le prêtre saurait parfaitement lui expliquer.
Pour le juif qui adorait Jéhovah et avait observé tous les commandements de la
Loi, le malheur devenait inexplicable.
Jéhovah n'était-il pas tout puissant ? Ne lui avait-il pas adressé toutes les
prières qu'il était tenu de lui faire, ne lui avait-il pas obéi scrupulement ?
Si les historiens s'accordent à voir dans le monothéisme un progrès sur le
polythéisme, il faut reconnaître qu'il résout beaucoup moins bien le problème du
malheur de l'Homme.
La religion du Ciel
C'est ici qu'apparait le Christianisme qui ouvrit une nouvelle phase dans
l'histoire religieuse de l'Humanité.
Jésus fut le plus grand et le plus humain de tous les prophètes qui crurent
apporter en Palestine la parole de Dieu.
Il ne fut qu'un prophète - comme le sera après lui Mahomet - et les derniers
mots qu'il prononça sur la croix, rapportés textuellement dans les Evangiles de
Matthieu et de Marc :
ELI, ELI, LAMMA SABACTHANI
(Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m'as-tu abandonné ?)
sont bien ceux d'un homme qui croyait apporter aux hommes la parole de Dieu et
ne comprend pas que celui-ci l'ait laissé crucifier.
Dans son amour, dans sa pitié pour les hommes, il ne parvint pas à concilier la
toute-puissance de Dieu et le malheur humain.
Il crut alors en un autre monde, un monde invisible, immatériel, un monde de
joie et de félicité où les justes entreraient après leur mort : le Royaume des Cieux.
C'est là, non dans notre monde, que Dieu donnerait, après leur mort, le bonheurà ceux qui auraient observé ses commandements.
La religion du Ciel se substitua ainsi aux religions de la Terre.
Nul n'est prophète en son pays
La vie de Jésus vérifia ce proverbe.
La religion juive était la religion d'un peuple, la religion des enfants d'Abraham.
C'est à eux - et à eux seuls - que Jéhovah avait promis le royaume de la Terre.
Jésus ouvrait le royaume des Cieux à tous les hommes, fussent-ils samaritains,
grecs ou romains.
Aux yeux des pharisiens, il apparut comme un renégat, un peu comme auraitété considéré le français qui, à la veille de 1914, se serait déclaré citoyen du
monde.
Courbés sous le joug de Rome, ils ne comprenaient pas qu'un juif puisse
ouvrir les portes du royaume des Cieux à un centurion romain.
Cette trahison le cloua sur la croix.
Sa prédication ne pénétra pas le peuple juif.
L'historien Josèphe, quant il écrivit quarante ans après sa mort l'Histoire du
peuple juif, ne parle pas de Jésus.
En tant que pharisien, il considère que ses disciples et lui n'avaient pas à
figurer dans l'Histoire d'un peuple dont ils s'étaient eux-mêmes exclus.
Le triomphe du Christianisme
Par contre, la nouvelle religion allait se répandre comme une trainée de poudre
dans le monde romain.
Au temps des Césars, le monde était devenu le monde du malheur. En haut, le
despotisme, parfois la folie. En bas, l'esclavage. Partout, l'oppression, la
corruption, la décadence.
Pour tous, de l'esclave peinant sous le fouet au patricien tremblant devant les
caprices de Caligula, la religions de la Terre avaient fait faillite en y promettant un
bonheur impossible.
La religion du Ciel devint, et devait rester durant des siècles, le grand espoir
des hommes en ouvrant après leur mort, dans un monde meilleur, le royaume des
Cieux à tous ceux qui auraient été justes et bons ici-bas.
La trahison du Christianisme
Le Christianisme ayant conquis l'empire romain, Constantin s'appuya sur lui
quand, en 312, il le disputa à Maxence.
Sous ses successeurs, le Christianisme devint religion d'Etat, l'évêque de
Rome le second personnage de l'empire.
Quand l'empire romain s'effondra, l'évêque de Rome, devenu le Pape, profita de
la puissante organisation de l'Eglise, calquée sur celle de l'Empire, pour
transformer le message de charité et d'amour apporté au monde par Jésus en un
système théocratique qui, durant tout le Moyen-age, prétendra régenter l'Europe.
Persécutée à l'origine, l'Eglise devint persécutrice, en pourchassant et en
faisant livrer aux flammes par le bras séculier tous ceux qui se réclamaient de
l'esprit de Jésus pour oser réver d'un monde meilleur, ou, tout simplement,
dénoncer la corruption qui la gangrénait : cathares, vaudois, hussites, protestants
connurent, tour à tour, la persécution, l'inquisition, le bûcher.
Elle poursuivit sans merci tous ceux qui, dans la recherche de la vérité
s'écartaient des dogmes qu'elle s'était donnés et qui n'avaient rien à voir avec
l'enseignement de Jésus.
En 1600, elle brûla Giordano Bruno, père de la philosophie moderne.
En 1633, elle contraignit le grand Galilée à s'agenouiller devant elle pour abjurer"l'erreur et l'hérésie du mouvement de la Terre".
Quand le grand soufle de la Révolution Française apporta au monde les mots"Liberté, Egalité, Fraternité", la Papauté s'identifia à l'Ancien Régime.
Quand, au XIXème siècle, l'esprit de progrès réclama et obtint la liberté de
conscience, la Papauté osa condamner, dans le "Syllabus" et l'encyclique"Quanta cura", ce pour quoi les premiers chrétiens avaient donné leur vie.
Aujourd'hui, fort heureusement, la Papauté ne régente plus le monde, comme
elle prétendit si longtemps le faire.
Le Vatican n'est plus que le siège d'une vaste multinationale.
Trônant sous des lambris dorés derrière une haie de gardes déguisés en
hallebardiers d'opérette, l'on s'y reclame toujours de celui qui consolait les
humbles assis autour de lui sous les oliviers de Judée.
Dans des shows itinérants, le Pape se conduit en messager de Dieu sur la
Terre... et montre à tous qu'il n'y croit pas en faisant plus confiance aux vitres
blindées de sa "papamobile" qu'à sa toute-puissance pour le protéger d'unéventuel attentat.
Survivance des religions
Avec les progrès de la Science, le triomphe de la Raison, aucune religion ne
peut plus naître.
Depuis l'Islam, depuis quatorze siècles, aucune religion n'est née.
Les religions agonisent lentement.
Dès qu'il a atteint un certain stade dans son développement intellectuel,
l'Homme se rend compte à quel point l'idée de Dieu est absurde.
SI Dieu existe, pourquoi ne le voit-on pas ?
Si Dieu est tout-puissant, pourquoi le malheur, pourquoi la souffrance,
pourquoi la misère ?
Et les hommes montrent bien qu'ils n'y croient plus en se conduisant, en fait,
comme s'il n'existait pas.
Rares sont cependant ceux qui osent se dire athées.
Confronté aux maux de la vie, face au malheur qui peut fondre sur lui à tout
instant, aujourd'hui comme aux premiers âges de l'humanité, l'Homme n'a pas
changé. Il a toujours aussi peur de la vie, aussi peur de la mort.
Il cherche toujours un protecteur, une puissance surnaturelle, dont il puisse
acheter la protection par ses prières.
Tel est Dieu, imposture pour la raison, réconfort pour ceux qui ont peur de la
vie, réconfort pour ceux qui ont peur de la mort et qui, s'accrochant à la vie,
espérent, tel l'égyptien d'autrefois, la continuer dans l'au-delà.
Ainsi s'explique la survivance de la religion qui, aujourd'hui comme jadis, n'est
au fond qu'un remède contre la peur humaine, qu'un tranquilisant, qu'un opium,
pour reprendre l'expression de Marx qui n'eut tant de succès que parce qu'elleétait si vraie.
Devant la survivance des religions, nous pourrions nous borner à hausser lesépaules, en déplorant la crédulité humaine.
Ce faisant, nous manquerions à notre devoir envers les autres hommes, qui
souffrent encore aujourd'hui des impostures dont l'Humanité demeure victime
TANTUM POTUIT RELIGIO SUADERE MALORUM
(tant la religion a pu susciter de maux)
comme disait déja, il y a plus de vingt siècles, le grand poète latin, le grand
philosophe romain Lucrèce, qui sera plus d'une fois notre guide dans la suite de
cet exposé.
D'une part, en effet, ceux qui ont conscience de posséder la vérité ont le devoir
de la faire partager.
D'autre part, les religions profitent du désarroi de la Société devant les mauxqui l'accablent aujourd'hui pour tenter de faire croire aux hommes que leurs
malheurs actuels - qui prouvent l'inexistence d'un Dieu soit-disant tout puissant et
infiniment bon - sont précisément dûs au fait qu'ils ne respectent plus ses
commandements.
C'est l'intégrisme, par lequel les religions tentent de ramener la Société, de gré
ou de force, sous leur coupe.
Nous avons le devoir de l'en protéger en dénonçant leurs impostures.
Ne le faisant pas, nous aurions sur les mains un peu du sang qu'elles font
couler partout où elles opposent les hommes les uns aux autres, partout où le
fanatisme de ceux qu'elles égarent prétend imposer par la force des doctrines que
la Raison rejette.
Il est donc du devoir des athées de propager la vérité à laquelle ils sont
parvenus.
Mais comment ?
Echec de l'athéisme négatif
Les athées ont rédigé, publié, diffusé depuis des années des milliers d'écrits
répétant - preuves à l'appui - que Dieu n'existe pas, dénonçant - preuves à l'appui -
l'imposture des religions.
Cette forme d' Athéisme - que nous appellerons Athéisme négatif, car il se
borne finalement à nier - n'est pas parvenu, malgré tout le talent de ceux qui s'y
sont consacrés, à ébranler les religions.
Et c'est normal.
L'Homme a besoin de croire en quelque chose. Il a besoin d'une explication du
monde dans lequel il vit, d'une consolation face aux maux de la vie, d'un espoir
face à la mort. Les religions les lui fournissent. L'Homme préfère se raccrocher,
même s'il doute chaque jour davantage de leurs enseignements, aux illusions par
lesquelles elles le bercent que se retrouver soudain sans rien à croire.
La mort des religions, comme la naissance des sectes, le prouvent également.
La mort des religions, d'abord.
Aucune religion n'est morte de sa mort naturelle, si l'on peut dire, ceux qu'elle
abusait se rendant compte un jour de l'absurdité de ses dogmes et cessant d'y
croire.
Les religions ne meurent que le jour où une autre foi - religion ou philosophie -
les remplace, apportant à l'Homme des réponses plus satisfaisantes aux
questions que son esprit se pose, un réconfort plus profond face à sa peur de la
vie, à sa peur de la mort.
Osiris, Jupiter et Odin ne sont pas morts de vieillesse. Ils sont morts tués par
Dieu ou Allah.
Et ceux-ci vivront, pour le malheur des hommes, jusqu'à ce qu'une autre foi
vienne, à son tour, apporter à leurs questions, à leur angoisse, des réponses plus
satisfaisantes que celles que leur apporte la Bible ou le Coran.
La naissance des sectes, ensuite.
Quand les religions existantes cessent de répondre aux attentes de l'Homme,
les sectes naissent, une secte étant une religion en puissance, ou, si l'on préfère,
une religion étant une secte qui a réussi.
D'où la prolifération actuelle des sectes, dont beaucoup - sinon toutes -
donnent lieu aux plus sordides escroqueries, des gourous sans scrupules
abusant de la crédulité des néophytes pour leur soutirer l'argent qu'ils sont prêts à
offrir à leur nouvelle Eglise avec la même ferveur que celle des premiers chrétiens
au temps où le Christianisme n'était, lui aussi, qu'une secte.
Cette prolifération doit être, pour nous autres athées, la preuve qu'un athéisme
purement négatif ne saurait répondre à l'attente de l'Homme.
Ceux qui entrent dans une secte ont été, un instant, des athées comme nous.
L'espace d'un instant, ils ont cessé de croire à leur religion, ils ont cessé de
croire aux imposture dont leur Eglise les berçaient.
Mais ils n'ont pas trouvé dans cette absence de croyance la réponse aux
questions que leur esprit se posait, la sérénité face aux angoisses de l'existence,
le réconfort leur permettant de supporter la peur de la vie, la peur de la mort.
Cette réponse, cette sérénité, ce réconfort, ils les ont alors demandés aux
sectes, comme il y a vingt siècles nos ancêtres déçus du paganisme les
demandaient à Mithra, à Cybèle...ou à Jésus.
Pour tirer notre prochain de l'emprise des religions, pour le tirer des griffes des
sectes, il est donc de notre devoir de lui fournir une explication du monde lui
permettant de supporter avec sérénité les maux de l'existence, de supporter cette
peur de la vie, cette peur de la mort.
Il est de notre devoir de lui apprendre l'Univers.
L'Etre Suprême
Oui, il y a un Etre Suprême, éternel et infini, qui régit toute chose, qui nous a
créés, et auquel nous rendrons, à notre mort, tout ce qu'il nous aura donné
l'espace de notre vie.
Ce n'est pas Dieu, création de l'esprit humain, que nul n'a vu, ne voit et ne verra
jamais... et pour cause.
Ce n'est pas Dieu, créé à notre image, et capable comme le dernier d'entre nous
de colère et de rancune.
Ce n'est pas Dieu, bien fatigué par le long usage qu'en ont fait les Eglises pour
tenter de régenter le monde en son nom, car celui qui le créa, le submergea, fit
s'ouvrir la mer n'est plus capable, aujourd'hui, d'empêcher la ruine d'un sanctuaire
ou la maladie de celui qui se prétend son représentant sur Terre.
Cet Etre Suprême, nous n'aurons jamais à croire en lui, car il existe, car nous le
voyons à chaque instant de notre vie, car nous en faisons partie.
C'est l'Univers, éternel et infini, dont les lois régissent tout ce qui est, fut et
sera, dont les lois régissent à chaque instant notre vie, nos actions, notre
destinée.
L'UNIVERS
L'Univers, être suprême
Quand, par une belle nuit d'été, on lève les yeux vers le ciel et que l'on y voit
des centaines d'étoiles, les contingences humaines reprennent alors leur place
normale. L'on songe en effet que chaque étoile est un soleil comme le nôtre,
autour duquel gravitent des planètes.
Sur certaines d'entre elles, la Vie s'est développée, la pensée est apparue, des
civilisations sont nées.
Ces mondes, nous ne les voyons pas, nos plus puissants télescopes n'ont pu à
ce jour les découvrir.
Et pourtant, nous sentons bien qu'ils existent, comme notre monde, aussi
réels, aussi présents que lui.
Vu de ces planètes, notre Soleil n'est plus, à son tour, qu'une imperceptible étoile. Notre Terre n'est plus visible, l'Humanité a disparu.
L'Astronomie nous apprend que les centaines d'étoiles que nous voyons dans
le ciel ne sont, à leur tour, qu'un coin perdu parmi les cent milliards d'étoiles
constituant notre Galaxie.
Nos plus puissants télescopes ont découvert, à des distances se chiffrant en
millions d'années-lumière, des milliers de galaxies comme la nôtre.
Combien de millions, de milliards de galaxies plus lointaines n'ont encore
jamais été vues dans nos télescopes, ne le seront sans doute jamais.
Elles n'en existent pas moins, aussi réelles, aussi présentes que l'étaient
Uranus, Neptune ou Pluton durant les siècles où les hommes, ne les voyant pas,
en ignoraient l'existence.
Parvenu à ce stade, l'esprit humain pénètre alors, et alors seulement, la vérité
première : la Terre a disparu, et avec elle l'Homme et ses problèmes, le Soleil a
disparu, notre Galaxie même a disparu.
Seule existe l'immensité sans bornes, sans limites, l'Infini, l'Etre Suprême :
l'Univers.
Nature de l'Univers
L'Univers est éternel.
L'Univers est infini.
L'Univers est régi par des lois immuables.
La Science constate chaque jour que l'Univers est régi par des lois rigoureuses.
Son objet, sa raison d'être, sont de les découvrir.
Lois de la Physique, lois de la Chimie, que la Science a formulées et qui, par
leur exactitude, nous démontrent chaque jour que nous vivons dans un monde où
règne une harmonie que nous constatons sans pouvoir la comprendre.
La Science, par contre, qui réclame des preuves concrètes à l'appui de ses
affirmations, n'ose encore dire si l'Univers est éternel ou non, s'il est ou non infini.
Beaucoup d'esprits scientifiques sont encore dépassés par l'idée d'infini dans
l'espace, d'infini dans le temps, de même que l'ordinateur s'affolle devant une
division par zéro.
L'Univers n'en est pas moins éternel et infini, ainsi que nous le montre la
Raison.
L'UNIVERS EST ETERNEL
La conservation de la matière
Au XVIIIème siècle, Lavoisier jeta les bases de la Chimie en posant le principe
de la conservation de la Matière : rien ne se perd, rien ne se crée, tout se
transforme.
Dix-huit siècles avant Lavoisier, Lucrèce, dans son "De Natura Rerum",
énonçait déja ce principe, vérité à laquelle Epicure était parvenu par son seul
génie :
NIL DE NILO FIERI POSSE
(Rien ne peut sortir du néant)
AUT POSSUNT AD NILUM QUAEQUE REVERTI
(Ni rien ne peut retourner au néant)
OMNIA COMMUTAT NATURA ET VERTERE COGIT
(La Nature transforme tout et l'oblige à se recycler)
Le principe de la conservation de la matière implique nécessairement l'éternité
de l'Univers.
Puisque la matière qui le constitue n'a jamais pu être créée de rien, elle a donc
toujours existé.
L'Univers est donc éternel.
Vérité simple, évidente, lumineuse, base de toute philosophie.
Vérité dérangeante, vérité hérétique, ruine de toutes les religions.
Si l'Univers est éternel, aucun Dieu, aucune puissance métaphysique ne l'a
jamais créé.
Toutes les religions ont toujours fait de leurs dieux les créateurs de l'Univers.
Le principe de la conservation de la matière,en affirmant l'éternité de l'Univers,
le nie. La Genèse n'est plus qu'une fable. Toutes les religions s'écroulent comme
des châteaux de cartes et il ne reste plus qu'à rouler leurs dieux, avec Renan,
dans le linceul de pourpre où dorment les dieux morts.
Laplace pourra répondre, à ceux qui lui demandaient quelle place il assignait à
Dieu dans sa magistrale "Exposition du Système du Monde" : "Dieu ? ; Je n'ai pas
besoin de cette hypothèse !"
La soi-disant expansion de l'Univers
Au siècle dernier, des astronomes remarquèrent que la lumière émise par les
galaxies les plus lointaines présente, lors de son analyse spectrographique, les
mêmes caractéristiques que celle émise, sur Terre, par les objets s'éloignant de
nous à très grande vitesse.
Ils établirent, en outre, une corrélation entre cette anomalie et l'éloignement des
galaxies : plus la galaxie était lointaine, plus l'anomalie était importante, et donc
plus la galaxie s'éloignait de nous à grande vitesse.
L'Univers cessait d'avoir la majestueuse stabilité qu'admettaient jusque là les
astronomes : il était "en expansion".
Ainsi allait naître la théorie du "Big Bang" qui jouit, aujourd'hui encore, d'un
succès bien immérité.
Le "Big bang"
Dès l'instant où l'on admet que l'Univers est en expansion, l'on est tenté de
rechercher où se trouvaient, il y a cinq, dix ou quinze milliards d'années, les
galaxies dont nos télescopes nous indiquent aujourd'hui l'emplacement qu'elles
occupaient il y a cinq cent millions d'années - ou davantage - compte tenu du
temps mis par leur lumière pour parvenir jusqu'à nous.
De même qu'en remontant les rayons d'une roue de bicyclette en partant de la
jante on parvient au moyeu, de même, en parcourant en sens inverse la trajectoire
que les galaxie sont supposées avoir parcourue durant les milliards d'années
qu'aurait duré leur course dans l'espace, l'on peut déterminer un point central où
toutes les galaxies - c'est-à-dire toute la matière de l'Univers - auraient dû se
trouver regroupées, sous une forme difficillement imaginable, il y a de cela 15
milliards d'années, âge que cette théorie assigne à l'Univers.
Quant au mécanisme les ayant propulsées à la place où nous les voyons
aujourd'hui dans nos télescopes, rien de plus simple : il suffit d'imaginer une
gigantesque explosion qui aurait projeté en tous sens la matière originelle, de
même que l'explosion d'une bombe projette ses éclats dans toutes les directions.
Cette explosion originelle, nul ne peut, bien entendu, l'expliquer ni l'imaginer.
L'on a seulement pu la désigner sous le nom de "Big bang", dont la traduction
francaise "Grand Boum" permet d'apprécier à sa juste valeur toute la rigueur
scientifique.
Succès de la théorie du "Big bang"
Jamais dans l'Histoire de la Science une théorie aussi absurde n'aura connu un
tel succès.
Théorie absurde : si toute la matière de l'Univers s'était effectivement trouvée
concentrée en un point à l'origine de celui-ci, l'attraction y aurait été telle
qu'aucune force n'aurait jamais pu la disperser dans l'espace.
L'Astronomie nous offre, à des échelles incommensurablement plus modestes,
l'exemple de telles concentrations de matière : ce sont les "Trous noirs",
ainsi nommés parce que l'attraction y est telle que la lumière elle-même ne
peut s'en échapper.
Comment expliquer, comment imaginer même, l'explosion qui aurait permis à la
matière de s'en échapper et l'aurait projetée à des distances astronomiques (au
sens propre du terme) pendant quinze milliards d'années ?
A moins d'admettre, comme le soutiennent certains adeptes du "Big Bang"
pour esquiver cette objection, que l'Univers n'avait que la dimension d'un atome à
la seconde où il eut lieu, la matière n'étant pas encore "créée".
De qui se moque-t-on ?
Et l'on ne peut que s'étonner qu'une théorie aussi absurde que celle du "Big
Bang" soit devenue aujourd'hui la conception "officielle" en Astronomie, au point
que celui qui la réfuterait serait villipendé comme hérétique ou ignoré comme
attardé.
Pourquoi ce succès ?
Les Astronomes qui ont échaffaudé la théorie du "Big Bang" sont, pour la
plupart, des américains.
En Amérique, la Bible demeure le Livre par excellence : celui sur lequel le
Président prête serment lors de son investiture, le témoin lors de son audition par
le Tribunal. La croyance en Dieu fait partie intégrante du conformisme américain,
au point qu'il est difficile de faire la part entre la foi sincère et la dévotion affectée
de Tartuffe, dans un pays où elle constitue un certificat de civisme et donc la
condition sine qua non de toute réussite sociale.
Y soutenir que l'Univers est éternel, c'est nier la Genèse et donc se proclamer
athée. C'est se voir mis à l'index, marginalisé et, il n'y a pas si longtemps encore,
suspecté d'être un dangereux communiste.
Croire - ou feindre de croire - au "Big Bang", c'est satisfaire l'opinion publique
en reniant Laplace, en avouant "Dieu ? J'ai besoin de cette hypothése."
Le "Big bang", en effet, ne pourra jamais être une hypothèse scientifique
sérieuse : c'est le retour au "Fiat lux !"
Seul un Dieu, en effet, pourrait appuyer sur le détonateur et propulser ainsi tout
l'Univers dans l'infini de l'espace. Toutes les Eglises l'ont donc accueilli avec
soulagement, ce qui explique son succès dans un pays où elles demeurent
exceptionnellement influentes.
L'illusion de l'expansion de l'Univers
Au Moyen-âge, les hommes voyaient les étoiles glisser lentement de l'Est à
l'Ouest entre le crépuscule et l'aube.
D'où la conclusion immédiate - et parfaitement logique - que les étoiles
tournaient autour de la Terre, centre du Monde.
Combien de siécles et de peine a-t-il fallu pour leur faire comprendre que la
Terre n'était qu'un grain de poussière dans l'Univers et que s'est seulement parce
qu'elle tournait sur elle-même qu'il semblait tourner autour d'elle.
Huit siècle plus tard, la même illusion recommence.
L'astronome, en braquant son spectrographe sur les galaxies les plus
lointaines, constate que la lumiére qu'elles émettent présente les mêmes
caractéristiques que celle émise sur Terre par les objets s'éloignant de nous à
grande vitesse.
Il constate, en outre, que cela est vrai dans toutes les directions, quelque soit la
constellation dans laquelle se situent ces galaxies.
Il en déduit, avec la même logique que l'homme du Moyen-âge, que l'Univers est
en expansion.
Il ne remarque pas assez, toutefois, que, puisque toutes les galaxies fuient également dans toutes les directions, la Terre - ce grain de poussière perdu dans
l'Univers - se retrouve à nouveau au centre de celui-ci, au point où le "Big bang"
est supposé lui avoir donné naissance il y a de cela quinze milliards d'années.
La Terre à nouveau centre de l'Univers ?
N'est-ce pas là une raison suffisante pour se demander si l'expansion de
l'Univers n'est pas, elle aussi, une illusion, comme le fut autrefois sa rotation
autour de la Terre?
En Astronomie, comme en tout autre domaine, les solutions les plus simples
sont toujours les meilleures. Le célèbre clown Grock déchaînait le rire en
s'efforçant de rapprocher son piano du tabouret sur lequel il était assis...alors qu'il
lui aurait été si facile de rapprocher le tabouret du piano.
Plutôt que supposer que l'Univers entier tourne autour de la Terre, il fut plus
simple d'admettre que la Terre tourne tout simplement sur elle-même.
Plutôt que supposer l'Univers en expansion, il est beaucoup plus simple
d'admettre que la lumière reçue des galaxies les plus lointaines est légérement
différente de celle reçue du Soleil, qu'elle présente le même spectre que celleémise sur Terre par des objets d'éloignant de nous à très grande vitesse.
Dans les deux cas, en effet, sa vitesse est moindre - très légèrement moindre,
mais moindre quand même - que sa vitesse normale.
La lumière émise par un objet s'éloignant de nous à très grande vitesse nous
parvient à une vitesse diminuée de la vitesse d'éloignement de cet objet.
La lumière reçue d'une galaxie située à deux cent millions d'années-lumière est
une lumière fossile, émise au temps où les dinosaures trainaient encore leur
masse pesante dans les marécages herbeux, au temps où les ptérodactyles étendaient encore dans le ciel leurs grandes ailes de chauve-souris.
La lumière est, comme toutes choses, matière et, comme telle, soumise à
l'attraction universelle, ainsi que le prouve sa capture dans les "Trous noirs", la
déviation de la lumière des étoiles lorsqu'elle passe à proximité de la Lune.
Il est donc normal - c'est le contraire qui serait étonnant - que la lumière reçue
d'une galaxie située à deux cent millions d'années-lumière nous parvienne, du
fait des attractions, si faibles soient-elles, dont elle fut l'objet durant deux cent
millions d'années à une vitesse diminuée de l'incidences des innombrables
attractions qui la freinèrent durant son voyage jusqu'à nous.
Cela explique que son spectre soit semblable à celui des objets s'éloignant de
nous à très grande vitesse.
Certes, la Science exige toujours des preuves, et l'on ne peut prouver cette"fatigue" de la lumière, pour reprendre l'expression des rares astronomes qui
soutinrent cette théorie à l'encontre des partisans du "Big bang".
La Raison veut que nous croyons davantage à ce phénomène facilement
explicable qu'à une prétendue expansion de l'Univers, supposant à son origine un
grand Boum dont la cause et le mécanisme demeureront toujours parfaitement incompréhensibles... sauf, bien entendu, pour les religions, trop heureuses d'y voir
un retour à un divin "Fiat lux !"
Le jour où les progrès de l'Astronomie auront permis de démontrer que la soit-disant
expansion de l'Univers n'est qu'une illusion dûe à la fatigue de la lumière, la
postérité rendra à ceux qui le soutiennent aujourd'hui le même hommage que
celui qu'elle rend à Galilée pour le courage avec lequel il soutint la vérité contre
les préjugés de son époque.
A l'éternel de la Bible - que nul n'a jamais vu ... et pour cause - la Raison
substitue le seul et véritable Eternel, l'Univers, que chacun de nous peut
contempler chaque soir en levant les yeux vers le ciel étoilé.
L'UNIVERS EST INFINI
L'Univers des philosophes
Dès l'Antiquité, alors que les hommes n'apercevaient encore dans le ciel
nocturne que les astres visibles à l'oeil nu, les philosophes étaient parvenus à la
conception que le Monde que nous connaissons n'était pas unique, mais qu'il y en
avait d'autres dans l'Univers, en quantité innombrable.
Lucrèce résuma cette conception dans deux vers célèbres du "De Natura
Rerum" :
TERRAMQUE ET SOLEM, LUNAM, MARE, COETERA QUAE SUNT
(La Terre, le Soleil,la Mer et toutes les autres choses qui existent)
NON ESSE UNICA, SED NUMERO MAGIS INNUMERABILI
( Ne sont pas uniques, mais existent en quantité innombrable)
Au XVIIème siècle, Pascal reprendra cette conception d'un Univers infini dans
cette splendide définition :
Le Monde est une sphère dont le centre est partout et la circonférence nulle part.
Cette conception d'un Univers infini est confirmée tant par les observations
astronomiques que par la notion même d'Espace.
Les observations astronomiques
Depuis Galilée, depuis l'invention de la première lunette, l'Homme dispose
d'instruments de plus en plus puissants pour observer le ciel.
Depuis quatre cents ans, le grossissement de nos lunettes, de nos télescopes,
ne cesse d'augmenter.
Depuis quatre cents ans, le nombre d'étoiles et de galaxies que nous
découvrons grâce à eux s'accroît dans la même proportion.
En se basant sur cette constatation, rien n'indique que l'Univers ait une limite.
Tout laisse penser qu'il est infini.
La notion d' Espace
L'Univers occupe tout l'Espace, lequel est, par définition, infini. Si l'on veut
fixer une limite à l'Univers, il faut nécessairement que quelque chose le limite.
Ce quelque chose, s'il existait, ferait encore partie de l'Univers.
Le paradoxe d'Oberts
Au XIXème siècle, l'astronome Oberts contesta que l'Univers soit infini en se
basant sur l'aspect du ciel nocturne.
Si l'Univers est infini, disait-il, pas un seul point du ciel devrait demeurer noir,
puique de chaque point de la voûte céleste devrait nous parvenir la lumière d'une
galaxie.
Le ciel nocturne devrait être éblouissant, ce qui n'est manifestement pas le cas.
Cette conception, excusable à l'époque, est, bien entendu, complétement
fausse.
Les étoiles sont séparées les unes des autres par des distances sans commune
mesure avec leur diamètre.
On l'a illustré par l'exemple suivant : si on donnait à une étoile la taille d'une
prune, l'étoile la plus proche d'elle se situerait à une distance moyenne de 1.000
km. Qu' y a-t-il, maintenant, dans l'espace séparant nos deux prunes, dans l'espace
interstellaire ?
Le vide, certes, mais pas tout à fait le vide.
Chaque mètre cube de cet espace renferme quelques molécules, qui, malgré
cette raréfaction extrême de la matière, n'en représentent pas moins, au niveau de
l'Univers, une masse considérable, équivalant approximativement à la masse
totale des étoiles.
Cette masse obscure, car n'émettant aucune lumière, trouble déjà la lumière
reçue des étoiles de notre Galaxie.
Quant à la lumière reçue des galaxies les plus lointaines, elle ne nous parvient
plus, étant totalement occultée par cette matière qui finit par former, sur des
distances se chiffrant en millions d'années-lumière, un véritable écran.
Un jour viendra où, malgré de nouveaux progrès dans la puissance de nos
télescopes, des zones de l'espace demeureront perpétuellement obscures.
Ce jour-là, nous n'aurons pas atteint la limite de l'Univers. Nous aurons atteint
la limite de la vision terrestre.
La courbure de l'Espace
L'esprit scientifique n'aime pas l'infini, qui le dépasse et le dérange.
Aussi, puisque l'Univers occupe tout l'Espace, a-t-il cherché à ce que l'Espace
lui-même soit fini.
Il suffit pour cela d'admettre une "courbure de l'Espace" qui, finalement, le
réduit à une immense sphère, comme dans la définition de Pascal.
En ce cas, l'Univers serait fini, limité de toutes parts par la courbure de
l'Espace.
En même temps, il demeurerait infini, car nous pourrions le parcouriréternellement sans rencontrer ses limites, de même qu'un avion pourrait faire
indéfiniment le tour de la Terre.
Seulement, nous repasserions par les mêmes points et retrouverions, à des
milliards d'années-lumière, la Terre que nous croirions avoir quittée à jamais.
C'est possible, mais ce n'est qu'une hypothèse.
L'Univers est infini
En attendant qu'on puisse prouver le contraire, nous admettrons donc que
l'Univers est infini.
Sur le plan philosophique, l'infini de l'Univers n'est pas aussi primordial que
son éternité.
Si l'Univers n'était pas éternel, il faudrait expliquer sa création, ce qui nous
replongerait en pleine métaphysique et nous entraînerait dans des hypothèses
aussi invérifiables qu'irrationnelles.
Si l'Espace est effectivement courbe, sa courbure ne nous pose pas le moindre
problème métaphysique.
L'UNIVERS EST REGI PAR DES LOIS IMMUABLES
La Science n'étant pas encore en mesure de prouver que l'Univers est éternel et
infini, nous avons dû le faire pour elle, en substituant à la vérité scientifique,
basée sur l'expérience, la vérité philosophique, basée sur la raison.
Que l'Univers soit régi par des lois, voila qui est certes beaucoup plus
surprenant, en impliquant l'organisation de la Matière, en supposant avec Virgile
que
MENS AGITAT MOLEM
(L'esprit anime la matière)
Et pourtant nous n'aurons pas même à tenter de le prouver, car la Science l'a
fait depuis des siècles : c'est là l'objet de la Physique, de la Chimie, de la Biologie
et chacun connait aujourd'hui grâce à elles les lois qui régissent l'Univers pour
assurer son harmonie permanente.
Nous n'en dirons donc rien
*
LE DETERMINISME UNIVERSEL
L'enchaînement nécessaire des causes et des effets
Notre esprit ne peut comprendre l'organisation de l'Univers, qui le dépasse et le
dépassera toujours par son infinie complexité.
Il peut toutefois la reconnaître chaque jour dans l'enchaînement nécessaire des
causes et des effets, qui régit tous les phénomènes conformément aux lois
physiques et chimiques.
Chaque phénomène a nécessairement une cause. Aucun phénomène ne se
produit fortuitement. Il résulte toujours d'un phénomène qui le précède.
Prenons pour exemple une pierre qui se détache du sommet d'une montagne.
Jamais aucune pierre ne s'est détachée "par hasard" du sommet d'une
montagne.
Ce phénomène a toujours une cause.
Le froid de la nuit a transformé en glace l'eau de pluie qui s'était infiltrée la
veille dans une fissure du rocher. En se dilatant, la glace a fait éclater le rocher et
en a détaché un fragment.
Dans la journée, la chaleur du soleil a fait fondre la glace. La pierre, n'étant plus
soudée au rocher par celle-ci, tombe dans le vide conformément aux lois de la
pesanteur.
Cet enchaînement de trois phénomènes :
- le froid a transformé l'eau de pluie en glace
- la dilatation de la glace a fait éclater la roche
- le soleil a fait fondre la glace
constitue la cause nécessaire du quatrième : la chute de la pierre.
Réciproquement, ce quatrième phénomène est la conséquence nécessaire des
trois premiers : ceux-ci s'étant produits, la pierre ne pouvait pas ne pas se
détacher de la montagne.
Le terme "hasard" n'a pas de sens et ne dissimule que notre ignorance des
causes des phénomènes. Tout ce qui se produit devait nécessairement se
produire.
Si l'on nous demande maintenant où la pierre va tomber, nous répondrons que
nous n'en savons rien.
Si nous connaissions avec précision le poids de la pierre, sa forme, son centre
de gravité, le relief de la montagne, la direction et la force du vent, etc... nous
pourrions calculer avec une précision absolue le point précis où s'arrêtera sa
chute.
Les lois de la Physique, reflet de l'organisation de l'Univers, le determine
inéluctablement.
Les deux principes d'organisation de l'Univers
Cet exemple nous permet de poser ainsi les deux principes d'organisation de
l'Univers :
* Premier principe : tout phénomène a une cause, dont il est lui-même la
conséquence nécessaire. Il ne pouvait pas ne pas se produire.
* Deuxième principe : tout phénomène se produit conformément aux lois
physiques et chimiques qui régissent la Matière. S'il ne pouvait pas ne pas se
produire, il ne pouvait pas non plus se produire autrement qu'il s'est produit.
Le déterminisme de l'Univers
Parvenus à ce stade, nous découvrons soudain - comme le voyageur qui,
parvenu à un col, voits'ouvrir devant lui un nouvel horizon - une vérité qui
constituera, avec l'éternité de l'Univers, les deux bases de notre philosophie : le
Déterminisme Universel.
Tout ce qui se produit dans l'Univers devait nécessairement se produire, et se
produire exactement comme il s'est produit.
L'organisation de l'Univers, c'est le déterminisme absolu.
Apparition de la Vie
Avec la pierre qui se détache du sommet de la montagne, nous restons dans le
domaine de la Matière.
Supposons maintenant que la pierre ait une volonté, une possibilité d'action,
qu'elle se cramponne à la montagne, qu'elle tente de freiner sa chute en
s'aggrippant aux aspérités de la parois... En un mot, qu'elle devienne vivante.
Ainsi se pose le problème de la Vie, qui constitue et constituera toujours la
grande interrogation de la philosophie.
S'il n'y avait dans l'Univers que la matière inanimée, rien n'empêcherait de le
concevoir, comme nous le faisons, comme un engrenage infini soumis
inexorablement aux lois physiques et où tout se produit nécessairement comme il
devait se produire. Mais voici qu'apparait maintenant la Vie, c'est-à-dire une petite
partie de matière, certes, mais mue par une volonté propre, qu'elle provienne des
simples réactions biologiques du protozoaire ou, à l'autre extrémité de l'échelle,
de l'intelligence humaine.
Vie et déterminisme
Un déterminisme absolu nous est apparu comme le principe d'organisation de
l'Univers.
Chaque phénomène résulte d'un enchaînement nécessaire de causes et
d'effets. Il ne pouvait pas ne pas se produire, ni se produire autrement qu'il
s'est produit.
En va-t-il autrement pour les êtres vivants ?
Prenons ceux-ci dans leur plus haute expression : l'Homme.
A chaque instant, il nous semble que nous décidons librement de nos actions
et que notre existence échappe ainsi au déterminisme qui régit la matière
inanimée.
Pure illusion.
Nos actions sont, certes, commandées par notre cerveau, mais comment celui-ci
fonctionne-t-il ?
Le fonctionnement de notre cerveau est conditionné par trois facteurs :
- la conformation de ses lobes, facteur congénital
- les données de notre mémoire
- le sang qui l'irrigue et lui apporte, comme à tout autre organe de notre
corps, les éléments indispensables à son fonctionnement.
La conformation des lobes de notre cerveau est déterminée par notre
hérédité et notre développement physique.
Les données de notre mémoire sont déterminées par notre existence passée.
Quant au sang qui l'irrigue, sa composition est déterminée par notre
alimentation et notre métabolisme.
A chaque instant, nos pensées, que nous croyons libres, sont donc
déterminées par des facteurs matériels qui les conditionnent, les orientent, les
dirigent, nous les imposent telles qu'ils les ont déterminées.
Nos décisions, fruits de nos pensées, sont donc, elles aussi, déterminées.
Nos actions - et plus généralement les actions de tous les êtres vivants - sont
donc déterminées aussi rigoureusement que la chute d'une pierre qui se détache
du sommet d'une montagne.
Ainsi s'explique que la Vie ait sa place dans l'organisation de l'Univers, régie
par un déterminisme absolu.
A l'instant où je frappe ces lignes, je ne pouvais être ailleurs que là où je suis.
Je ne pouvais pas avoir une autre conception des choses que celle que j'ai en
ce moment.
Je ne pouvais trouver d'autres mots pour l'exprimer que ceux que vous lisez
actuellement.
Négation du Libre Arbitre
Nombreux sont ceux qui soutiennent que l'Homme décide de ses actes en toute
liberté, selon ce qu'on est convenu d'appeler le "Libre Arbitre", conception selon
laquelle l'Homme, pleinement maître de sa pensée, décide souverainement de ses
actions et en porte donc la responsabilité.
C'est la conception des Eglises et des philosophie, et cela s'explique
facilement.
Les unes comme les autres prétendent donner des leçons à l'Homme sur la
façon dont il doit se conduire.
Que deviendraient leurs leçons si l'Homme pouvait leur répondre :
"Tout ce que vous dites est très beau et peut-être très vrai, mais j'agis
conformément à ce que mon cerveau m'ordonne de faire, celui-ci étant régi par les
lois physiques et chimiques qui conditionnent, à chaque seconde, les ondes qu'il émet et que vous appelez pensée."
Les Eglises proclament donc le Libre Arbitre de l'Homme et Bossuet écrivit, en
réponse aux Jansénistes, un "Traité du Libre Arbitre" qui demeure une de ses
formulations les plus fameuses.
Sans Libre Arbitre, en effet, comment condamner le pécheur ?
Les philosophes en font le postulat de leurs systèmes, car, si l'Homme n'a pas
la liberté de choisir sa conduite, que deviennent les leçons de Platon ou les
impératifs catégoriques de Kant ?
Le Déterminisme nie cette prétendue liberté de choix.
Les lois physiques et chimiques de l'Univers régissant le fonctionnement du
cerveau humain avec la même rigueur qu"elles régissent le fonctionnement de
notre coeur ou de notre foie, nos pensées, ondes émises par notre cerveau,
sont déterminées aussi rigoureusement que notre rythme cardiaque ou la
secrétion de notre bile.
Nos pensées étant déterminées, nos décisions et donc nos actions le sontégalement.
Revenons à cette belle nuit d'été où, levant les yeux vers le ciel, nous avons
compris dans le scintillement vertigineux des étoiles que l'Univers est tout et que
l'Homme n'est rien, rien qu'une particule infime de celui-ci, obéissant aux lois qui
le régissent éternellement, comme leur obéissent la course des galaxies,
l'orbite des planètes, la dérive des continents, l'évolution des espèces, la
floraison des végétaux.
Dans un tel Univers, serait-il logique, serait-il rationnel que l'Homme - cette
infime partie d'un Tout dont nous percevons l'harmonie éternelle sans pouvoir la
comprendre - puisse seul agir à sa guise ?
Déterminisme et Fatalisme
Le Déterminisme aboutit à la même conclusion que le Fatalisme : tout, dans
l'Univers, se déroule nécessairement comme il devait se dérouler. Chaqueévènement se produit à l'instant et au lieu où il devait se produire et se produit tel
qu'il devait se produire.
Le Déterminisme est donc un Fatalisme, maIs il est beaucoup plus que lui.
Le Fatalisme n'explique pas pourquoi il en est ainsi. Il attribue le fait que les
choses sont ce qu'elles sont et ne pourraient être autrement à une entité aussi
vague qu'imaginaire : le Destin.
Mais qu'est-ce que le Destin ?
Dans la pensée antique, le Destin n'était que la volonté des dieux, et cette
conception est passée dans le Christianisme sous le nom de Providence divine.
L'Islam est si profondément teinté de fatalisme, toute chose se déroulant selon
la volonté d'Allah, qu'on ne peut prononcer son nom sans que l'écho réponde :
C'était écrit !"
Le Déterminisme explique rationnellement, par l'enchaînement nécessaire des
causes et des effets que chacun vérifie chaque jour, pourquoi les choses se
produisent comme elles se produisent et n'auraient pû se produire autrement.
Le Fatalisme - et c'est là le seul grief que les moralistes aient jamais pu lui faire
- nous endormirait dans l'inaction, l'Homme se disant : "Réflexion faite, je ne ferai
rien aujourd'hui et me recouche, les choses devant nécessairement se dérouler
comme elles se dérouleront, que j'y participe ou non !"
Une telle décision suppose le Libre Arbitre, la liberté de choix entre agir ou ne
pas agir.
Le Déterminisme n'admet pas le Libre Arbitre, le fonctionnement de notre
cerveau nous dictant chacune de nos actions, comme il dicta jadis, à Alexandre,
César ou Napoléon, chacune des leurs.
Si vous l'appelez Fatalisme, il sera difficile de dire, après ces trois exemples,
qu'il engendre l'inaction !
LA DESTINEE HUMAINE
L'Homme n'est que matière
Tout en l'Homme est matière, et la pensée, dont nous sommes si fiers, n'est
qu'une onde cérébrale créée par la combustion de la matière.
La combustion est le phénomène primordial de l'Univers, transformant la
matière en ondes.
Frottez sur le grattoir une allumette, assemblage de phosphore, de soufre et
de bois. Une flamme jaillit, transformant la matière inerte qui constituait
l'allumette en ondes lumineuses. Le phosphore, le soufre et le bois sont
devenus soleil, émettant comme lui lumière et chaleur.
Alors que la combustion de la matière inanimée est accidentelle, la combustion
de la matière animée est permanente, continue. Cette lente combustion constitueà proprement parler la Vie, transformation incessante de la matière inanimée -
les aliments - en matière animée, les cellules végétales, animales, humaines.
Cette combustion crée des ondes. Les combustions cellulaires de notre
cerveau donnent naissance aux ondes cérébrales. Ainsi nait la pensée, ultime
transformation de la matière.
Certains ont cru pouvoir isoler la pensée de la matière, en ont fait une entité à
part, l'ont même opposé, sous le nom d'esprit, à la matière.
Partant de là, ils sont même allés plus loin, en en faisant une abstraction
immatérielle, l'âme, qui, prisonnière du corps durant l'existence, se séparerait de
lui au jour de la mort pour continuer, dans un "au-delà" imaginaire, sa propre
existence.
Autant vouloir séparer la lumière et la chaleur d'une flamme de la matière
qu'elle consume, la musique qui charme nos oreilles des vibrations de l'air dûes
aux cuivres et aux cordes.
Le jour de notre mort, tout disparait en nous, dans la dissociation des atomes éternels dont nous ne sommes que l'assemblage éphémère.
Avec la mort, nous devenons poussière. En s'exprimant ainsi, les religions
entendaient humilier l'Homme, en opposant à la prétendue éternite de leurs dieux
la vanité précaire de l'existence humaine.
Avec la mort, nous ne redevenons pas matière, car nous ne pouvons redevenir
ce que nous n'avons jamais cessé d'être. Ce qui fut notre corps reprend
seulement sa place dans le cycle éternel de l'Univers auquel chaque atome de
notre être a appartenu, appartient et appartiendra.
Ouvrons notre main, regardons sa paume, demandons nous où se trouvait, il y
a deux mille ans, chacun des atomes qui la constituent.
Cet atome de carbone appartenait à un chêne de la grande forêt hercynienne.
Cet atome de sodium, à la mer brumeuse baignant les côtes de Bretagne. Cet
atome d'azote, à un épi de blé balancé par le vent sous le ciel bleu de Sicile...
Assemblage éphémère d'atomes éternels, nous les rendons au jour de notre
mort à l'Univers auquel ils appartiennent, auquel ils n'ont jamais cessé
d'appartenir.
Ils continueront alors leur cycle éternel, passant d'un corps à l'autre
conformément aux lois physiques et chimiques, dans l'enchaînement sans fin des
causes et des effets.
Un jour, dans cinq ou dix milliards d'années - demain à l'échelle de l'Univers - la
matière de notre système solaire, désintégrée dans l'explosion finale de celui-ci,
toubillonnera à nouveau dans l'espace infini.
Un jour, un nouveau Soleil renaîtra de ce tourbillon.
Ce jour-là, la matière de notre corps actuel deviendra Soleil. Ce jour-là,
nous deviendrons Soleil.
En attendant, il faut vivre.
Les deux mondes de la vie
Notre vie se déroule dans deux mondes parallèles que nous ne distinguons pas
l'un de l'autre, tant ils sont intimement mêlés : le monde des actions et le monde
des sensations.
Le monde des actions
Le monde des actions est un monde réel et continu.
A chaque instant, nous agissons, même quand nous dormons, car dormir, c'est
encore agir.
Comme la révolution des planètes autour du Soleil, comme la mer qui ronge le
pied de la falaise, comme le vent qui soulève le sable du désert, nos actions
contribuent en permanence, sans que nous en ayons conscience, à l'Harmonie
Universelle.
C'est pourquoi elles obéissent nécessairement aux mêmes lois que celles qui
régissent la course des planètes, le mouvement des vagues, la direction des
vents. C'est pourquoi elles sont ce qu'elles sont et n'auraient pû être autrement,étant inexorablement régies par l'enchaînement des causes et des effets.
Le monde des actions ne connait qu'un temps : le présent. Quand nous
agissons, nous n'agissons pas hier ou demain. Nous agissons aujourd'hui, à
l'instant présent.
Le monde des sensations
Le monde des sensations est un monde imaginaire et discontinu.
Monde imaginaire, il n'existe que dans notre esprit.
Un homme vient de mourir. Son coeur a cessé de battre, son cerveau de
penser.
Dans la réalité des choses, il n'y a désormais qu'un corps inerte, dont la
décomposition rendra à l'Univers les atomes dont il n'était que l'assemblageéphémère.
Le défunt laisse un fils, une épouse, un père.
Leur douleur, leur chagrin, n'existe que dans leur pensée, dans leur
imagination.
Le monde des sensations est un monde discontinu.
Quand nous dormons, il disparait. Quand nous agissons, il s'estompe et peut
même finir par disparaître.
Cet homme vient de perdre son enfant.
Donnez lui un problème à résoudre, un travail délicat ou difficile à exécuter.
Celui-ci absorbera toute sa pensée. Il en oubliera, dans la tension d'esprit
nécessaire pour résoudre le problème ou effectuer le travail, le chagrin qui
le rongeait.
La douleur physique elle-même s'estompe et pourra disparaître dans le feu de
l'action : chacun connait l'histoire véridique du soldat qui, blessé durant un
combat, ne s'en rendit compte que celui-ci fini.
Alors que le monde des actions ne connait qu'un temps, le présent, le monde
des sensations connait non seulement le présent - par le plaisir et la douleur -
mais également le passé - par le souvenir, le regret ou le remord - et le futur - par
l'espoir et la peur.
LE MONDE DES ACTIONS
Nos actions sont déterminées
L'Homme n'étant que matière, ses pensées, ses décisions, ses actions sont, à
chaque instant, déterminées par les lois physiques et chimiques qui régissent
l'Univers dans l'enchaînement nécessaire des causes et des effets.
Beaucoup n'accepteront jamais cette idée, persuadés qu'ils en sont maîtres, et
l'expérience quotidienne semble leur donner raison.
Celui qui joue au Loto et coche les chiffres 34, 48, 4, 12, 23 et 9 à l'impression
d'être pleinement libre dans le choix de ces chiffres.
Si ce choix lui apporte une fortune qui changera sa vie, il aura la conviction
d'en avoir, lui et lui seul, changé le cours.
Qu'en est-il réellement ?
La sortie lors du tirage des boules portant ces numéros est, nul ne le
contestera, régie exclusivement par les lois de la Physique.
Compte tenu de leurs positions initiales lorsqu'elles furent introduites dans
l'appareil, de l'impulsion qu'elles reçurent, des trajectoires qui en résultèrent, ce
sont les boules portant ces numéros - et elles seules - qui devaient
nécessairement sortir lors du tirage.
Par contre, le choix de ceux-ci par le parieur parait libre. Mais l'était-il
vraiment ?
A la seconde précise où il cochait chaque numéro, son choix était déterminé
par le jeu des neurones de son cerveau, déterminé lui même par les lois de la
Biologie.
Pour qu'il coche le 47 au lieu de cocher le 48, il eut fallu que ce jeu fut différent.
Pouvait-il l'être ? Non, car l'enchaînement des causes et des effets voulait que
les neurones de son cerveau, à l'instant où il cochait le numéro 48, fonctionnent
nécessairement comme ils le firent.
Le choix des numéros par la parieur et la sortie de ces mêmes numéros lors du
tirage sont donc déterminés aussi rigoureusement l'un que l'autre, l'un par les lois
de la Biologie, l'autre par les lois de la Physique, tous deux par l'enchaînement
nécessaire des causes et des effets.
Ces deux phénomènes distincts se produisent séparément dans deux
domaines différents. C'est leur conjonction qui changera la vie du parieur en lui
apportant la fortune.
Certains introduisent ici la notion de hasard, en disant que c'est un hasard si
les numéros qui sortent lors du tirage sont ceux que l'on a choisis. D'où le nom de
jeux de hasard donné aux loteries.
D'autres, plus rigoureux, préfèrent parler de probabilité et calculeront que l'on a
une chance sur quartorze millions de voir sortir au Loto les six numéros que l'on a
cochés.
En réalité, il n'y a ni hasard, ni probabilité.
Le même déterminisme, qui régit le choix des numéros par le parieur et la sortie
des boules lors du tirage, régit la conjonction des deux phénomènes. Le gagnant
devait nécessairement gagner, les perdants devaient nécessairement perdre.
Le Déterminisme Universel régit la destinée humaine aussi rigoureusement que
la rotation de la Terre ou les mouvements de la mer.
L'Homme n'est pas maître de ses décisions, celles-ci étant la résultante de ses
pensées, elles-mêmes conditionnées par le fonctionnement de son cerveau, régi,
comme toute matière, par les lois de l'Univers et l'enchaînement nécessaire des
causes et des effets.
N'étant pas maître de ses décisions, il n'est pas maître de ses actions.
L'on ne pourra jamais leprouver scientifiquement et beaucoup continueront à le
nier. Seule, ici encore, la Raison nous en convainc. Dans un monde où la matière
inanimée est régie par des lois immuables, serait-il rationnel que la matière
animée - animal ou Homme - agisse seule à sa guise ?
N'est-il pas plus logique de la croire soumise aux mêmes lois, régie par le
même déterminisme, concourant de la même façon à l'Harmonie Universelle ?
L'irresponsabilité humaine
Un nuage noir apparait à l'horizon. Il crève sur nos têtes en précipitant des
milliers de grêlons.
La loi de la pesanteur regit leur chute, l'enchaînement des causes et des effets
détermine leur point d'impact. Beaucoup roulent dans l'herbe. Certains coupent
des fleurs, détruisent des treilles, cassent des carreaux.
Dira-t-on qu'il y a des "bons" grêlons, des "méchants" grêlons ? Non, car ce
serait absurde, nul d'entre eux n'étant responsable de sa trajectoire, de son point
de chute.
Les grêlons, ce sont les hommes. Leurs points de chute, leurs actions.
De même qu'il n'y a ni "bons" grêlons, ni "méchants" grêlons, il n'y a ni bons, ni
méchants. Il n'y a que des hommes qui agissent chacun comme le
fonctionnement de son cerveau le contraint d'agir et ne sont pas plus
responsables de leurs actes que les grêlons n'étaient responsables, pris
individuellement, des dégats qu'ils causaient.
A chaque instant, chacun agit comme il estime devoir agir, car, sinon, il
n'agirait pas ainsi. Et s'il estime devoir agir comme il le fait, c'est que les
neurones de son cerveau en décident ainsi. Nul n'est donc responsable de ses
actes.
Un extrêmiste, pour affirmer ses idées, pose une bombe qui tue dix passants.
Il crut devoir le faire et a donc agi selon sa conscience, si l'on entend par ce
terme la pensée qui nous dicte une action. Il se considère comme un soldat qui
combat pour une juste cause.
Pour ceux qui la soutiennent comme lui, c'est un héros. Pour le Pouvoir, c'est
un terroriste, un criminel. Pour l'opinion publique, c'est quarante cinq secondes
aux Informations télévisées. Pour la postérité, s'il est arrêté et condamné, et que la
cause qu'il défendait triomphe, ce sera un martyr.
Pour nous, ce n'est que l'agent d'un acte devant nécessairement se produire au
lieu et à l'heure où il s'est produit. Ce n'est, comme nous, qu'un acteur de cette
grande pièce que nous sommes contraints de jouer notre vie durant, non pour
notre plaisir, mais parce que nos actions, toutes nos actions, quelles qu'elles
soient, sont nécessaires à l'Harmonie Universelle pour une raison que nous ne
comprendrons jamais.
Acta est fabula
Les derniers mots de l'empereur Auguste sur son lit de mort furent :
ACTA EST FABULA
(La pièce est terminée)
comparant sa vie à une pièce de théatre où il tenait seulement un rôle, celui d'un
empereur.
Aucune comparaison n'est plus vraie, plus profonde.
Nous sommes tous, en réalité, de simples acteurs d'une pièce éternelle, dans
laquelle chacun de nous tient un rôle qui lui est assigné par l'enchaînement des
causes et des effets, qui fait que chacun de nous est comme il est - et ne pouvaitêtre autrement - et veut que chacun de nous agisse comme il agit - et ne pourrait
agir autrement.
A la différence toutefois de vrais acteurs, personne ne nous a distribué le texte
de la pièce, dont nous ignorerons toujours le dénouement.
Ce n'est pas même une improvisation, car nous ne sommes maîtres ni de ce
que nous ferons, ni de ce que nous dirons.
Seul un souffleur, le Déterminisme Universel, nous dicte à chaque instant ce
que nous devons dire, ce que nous devons faire, jusqu'au jour où nous pourrons
dire, comme Auguste, que la pièce est terminée pour nous.
Dans cette pièce, il y a, comme dans toute pièce, des bons et des méchants,
des riches et des pauvres, des rois et des mendiants.
Le Déterminisme Universel a distribué les rôles, chacun tenant nécessairement
celui qu'il devait tenir et ne pouvant en tenir un autre. Le roi ne pouvait
pas ne pas être roi, le mendiant ne pouvait pas ne pas être mendiant.
Nul n'a à s'enorgueillir du rôle qui lui a été attribué, nul n'a à en avoir
honte.
Chacune de leurs actions est également nécessaire à l'Harmonie de
l'Univers.
La fraternité retrouvée
Ainsi nait entre tous les hommes une compréhension, nous dirions même une
camaraderie semblable à celle des acteurs faisant partie d'une même troupe.
Le Déterminisme Universel recrée, dès que l'on en prend conscience, cette
fraternité humaine, irrémédiablement détruite si, chacun étant responsable de ses
actes, l'Humanité se divisait en bons et en méchants, en justes et en moins justes,
en amis et en ennemis, en croyants et en incroyants, toutes divisions
parfaitement subjectives d'ailleurs. Comme le disait si bien un humoriste,
l'ennemi est bête, car il croit que l'ennemi c'est nous, alors que l'ennemi,
c'est lui.
Avec le Déterminisme Universel, les hommes redeviennent ce qu'ils sont
réellement : les gouttes d'eau d'un même océan, les grains desable d'un même
désert, les arbres d'une même forêt.
Il n'y a plus ni bons ni méchants, ni justes ni moins justes, ni amis ni ennemis.
Il n'y a plus que des semblables.
Le Déterminisme rapproche ainsi les hommes, alors que les religions ne savent
que dresser des barrières entre eux.
C'est le ciment d'une véritable solidarité humaine
LE MONDE DES SENSATIONS
Les sensations physiques
L'Homme a, de par sa nature même, des besoins physiques à satisfaire. Sa
nature le lui signale par deux sensations physiques : le plaisir et la douleur.
Nous commençons par la douleur, car c'est la sensation de base, lui permettant
de prendre conscience des dangers que coure son corps, des besoins de celui-ci.
Des dangers, d'abord. La douleur est un signal d'alarme, nous avertissant
qu'une réaction est nécessaire pour assurer notre intégrité corporelle.
Sans la douleur, nous laisserions notre main dans le feu, nous laisserions
notre pied se geler.
Au temps où il n'y avait pas encore de chirurgien, c'est la douleur qui en tenait
lieu. Celui qui s'était cassé la jambe éprouvait une telle souffrance à chaque
mouvement de celle-ci qu'il était obligé de la garder immobile. Ainsi pouvait
s'effectuer la lente réfection du tissus osseux, permettant aux os de se ressouder.
Des besoins, ensuite. La faim, la soif, la fatigue sont des douleurs nous
avertissant que nous devons manger, boire, nous reposer. Sans elles, nous
risquerions de mourir de faim, de soif ou d'épuisement sans même nous en rendre
compte.
Le plaisir physique est la sensation que nous procure la satisfaction d'un
besoin.
Douleur et plaisir sont des sensations éphémères. La douleur disparait sitôt
le besoin satisfait, et il en va de même du plaisir qui accompagne la
satisfaction du besoin. Dès que nous mangeons, la douleur causée par la faim
disparait pour faire place au plaisir de manger. Dès que nous sommes repus, le
plaisir de manger disparait à son tour.
A la douleur normale, simple signal d'alarme, s'ajoute malheureusement la
douleur provenant d'une altération de nos nerfs lorsqu'une grave maladie ronge
notre corps ; telle la douleur du malade atteint de certains cancers, que seule la
morphine permet d'atténuer. Une telle douleur suffit à prouver, s'il en était encore
besoin, l'imposture des religions qui voudraient nous faire croire en un Dieu
tortionnaire.
Les sensations intellectuelles
L'Homme n'a pas seulement des sensations physiques. Il a également des
sensations que nous appellerons intellectuelles, car causées non par les
exigences de son corps, mais par la seul travail de son esprit.
Les sensations intellectuelles, comme les sensations physiques, appartiennent
nécessairement au présent, car nous ne ressentons plus ce que nous ressentions
hier et nous ne ressentons pas encore ce que nous ressentirons demain.
A la différence des sensations physiques, dont la cause est toujours un
phénomène présent, les sensations intellectuelles peuvent avoir pour cause un évènement passé, présent ou futur.
Le présent est nécessairement éphémère, car il n'est que la frontière entre le
passé et le futur. On pourrait même soutenir qu'il n'existe pas, car il est, comme
toute frontière, une ligne imaginaire et donc sans épaisseur.
Ce qui s'est passé il y a une seconde, c'est déja le passé. Ce qui se passera
dans une seconde, c'est encore le futur.
En réalité, le présent existe, car l'esprit humain lui donne une épaisseur de
quelques heures. Plus qu'une frontière, c'est un "no man's land", un espace
flou n'appartenant déja plus au futur, mais pas encore au passé.
Les sensations ayant pour cause un phénomène présent sont donc toujourséphémères. Ce sont celles causées par un évènement passé ou futur qui nous
retiendront, car ce sont elles qui ont une durée et qui marquent notre vie.
Les sensations du passé
Le passé ne vit que dans notre mémoire. Les souffrances que nous y avons
connues, les plaisirs que nous y avons éprouvés, s'estompent lentement et ne
hantent notre esprit que comme des fantômes inconsistants, aussi inconsistants
que le paysage que nous avions tant admiré et dont notre esprit ne nous offre plus
qu'un bien vague souvenir.
Les sensations causées par un évènement passé sont donc causées, en réalité,
par le lien que nous faisons entre celui-ci et le présent.
Deux sensations pénibles viendront ainsi torturer notre esprit notre vie durant :
le regret de ce que nous n'avons pas fait et aurions dû faire, le remord de ce que
nous avons fait et n'aurions pas dû faire.
Ces deux sensations paraissent bien prouver la responsabilité humaine, notre
liberté dans les décisions que nous prenons, dans les actions que nous
accomplissons. N'est-ce pas la preuve que le Déterminisme Universel, qui régit la
Matière, ne s'applique pas àl'Homme ?
Prenons un exemple pratique.
Un père conduit son enfant en voiture. Il roule trop vite et perd le contrôle du
véhicule dans un virage. Celui-ci s'écrase dans un ravin. L'enfant demeure infirme.
Chaque fois qu'il regarde son enfant, il est dévoré par le chagrin qui le ronge à
l'idée d'en avoir fait le malheur. En est-il pour autant responsable ?
Reprenons le même exemple, en le modifiant légérement.
Un père conduit son enfant en voiture. Atteint d'un malaise, il est victime d'une
syncope et perd le contrôle du véhicule. Celui-ci s'écrase dans un ravin.
L'enfant demeure infirme.
Chaque fois qu'il regarde son enfant, il est dévoré par le même chagrin que
précédemment à l'idée d'en avoir fait le malheur. Et pourtant, il ne saurait en être
tenu pour responsable, étant évanoui lors de l'accident.
Le remord et le regret ne sont pas la preuve de notre responsabilité. Ils naissent
seulement du rapprochement que nous faisons entre une de nos actions - en
l'occurence le fait d'avoir conduit ce jour là son enfant en voiture - et un malheur
qui en est résulté.
Ils n'impliquent nullement que nous ayons pu agir différemment que nous
avons agi, car nous avons agi comme nous devions nécessairement agir, comme
nous ne pouvions pas ne pas agir ce jour là, nos actions étant régies, ce jour là
comme chaque jour de notre vie, par le Déterminisme Universel.
Les sensations du futur
Le passé ne nous lègue donc, avec le remord et le regret, que deux sensations
pénibles qui nous rongeront notre vie durant, même si la raison nous convainc
que nous ne portons pas la responsabilité de nos actes.
Le futur nous apporte, lui aussi, deux sensations : l'une agréable, l'espoir,
l'autre pénible, la crainte.
Ce sont elles qui, avec le remord et le regret, marquent notre vie et la rendront
heureuse ou malheureuse selon que nous vivrons dans l'espoir ou dans la peur du
lendemain.
Espoir et crainte constituent un même phénomène. Dans les deux cas, notre
imagination suppose un évènement survenant dans le futur. Dans les deux cas,
elle crée un lien entre cet évènement et nous.
Si cet évènement est heureux, c'est l'espoir ; s'il est malheureux, c'est la
crainte, la peur du lendemain.
L'espoir
Sa vie durant, l'Homme se berce d'espoir. L'espoir, c'est le remède à tous les
maux actuels, en nous faisant imaginer qu'ils se termineront un jour et que nous
connaîtrons des jours meilleurs.
La survenance ou non de l'évènement attendu est déterminée par
l'enchaînement nécessaire des causes et des effets.
L'expérience nous apprendra vite que le plupart des évènements heureux que
nous attendons ne se réalisent jamais. A l'espoir succède la désillusion.
Les désillusions de la vie atrophient bientôt notre faculté d'espèrer. Nous
n'espérons plus, convaincus que l'espoir est vain, et nous vaccinons ainsi contre
de nouvelles désillusions.
Notre esprit imagine encore des évènements heureux changeant le cours de
notre existence. Notre raison ne nous permet plus de penser qu'ils puissent se
réaliser.
A l'espoir succède ainsi le rêve. Chaque parieur rêve de gagner au Loto.
Combien l'espèrent-ils vraiment ?
Le désespoir
Un dicton veut que, tant qu'il y a de la vie, il y a de l'espoir. Il serait aussi juste
de dire que tant qu'il y a de l'espoir, il y a de la vie.
Le jour où les déceptions accumulées ne lui permettent plus d'espèrer, ce jour-là l'Homme sombre dans le désespoir. Il a fini de vivre et ce n'est pas sans raison
que l'on appelle désespèré celui qui a mis fin à ses jours.
Nul ne peut mettre librement fin à ses jours, car le suicide, comme toute action,
est déterminé par le fonctionnement de notre cerveau. Même le jour où nous
sommes désespérés, notre accoutumance aux maux qui nous frappent, même si
elle ne nous réconcilie pas avec la vie, qui demeure pour nous un fardeau, nous
fait différer l'instant d'y mettre fin.
Cette accoutumance nous fait dire, chaque fois que nous envisageons la mort :"Pourquoi aujourd'hui, plutôt qu'hier, plutôt que demain ?"
Nous rêvons alors de l'occasion qui s'offrirait à nous, héros à bon compte, de
faire l'admiration des autres en sacrifiant pour une belle cause ou un beau
principe une vie sans valeur pour nous. Nous voudrions être le capitaine d'un
navire en perdition, pour nous enfoncer sous les eaux avec lui. Nous rêvons d'une
révolution, pour nous faire tuer sur une barricade en donnant notre vie pour un
monde meilleur.
Ce ne sont malheureusement que des rêves, les seuls qui nous restent encore.
Nous nous prenons même à espérer ces maux que nous redoutions jadis, en
pensant que l'un d'eux sera la goutte d'eau qui fera déborder le vase, que l'un
d'eux nous fera sauter le pas, enjamber le parapet.
Mais, même s'ils répondaient à notre appel, nous ne serions pas pour autant
maître de notre mort, de même que nous ne l'étions pas de notre naissance.
L'une comme l'autre sont régies par le Déterminisme Universel, qui nous fait
paraître sur le grand théâtre de la Vie et nous y retient tant que nous n'avons pas
fini d'y jouer le rôle qui nous a été distribué.
La peur du lendemain
Le malheur du père que nous avions pris comme exemple, c'est l'image du
malheur qui nous frappera nécessairement le jour où l'enchaînement inexorable
des causes et des effets nous en rendra inéluctablement victime.
Comme nous ignorons la date où il nous frappera, comme nous ignorons quel
malheur nous frappera, nous vivons nécessairement dans l'anxiété, la peur du
lendemain, la peur de la vie, cette peur qui a créé les dieux auprès desquels
l'Homme a cherché, des siècles durant, une protection illusoire. Primus in orbe
deos fecit timor.
Comment l'Homme d'aujourd'hui peut-il s'en affranchir, s'affranchir de cette
anxiété constante, pire que le mal lui-même que nous redoutons ?
Non, certes, en adressant ses prières à l'Univers, en implorant sa mansuétude,
en faisant appel à sa compassion.
L'Univers n'est pas un dieu conçu à notre image, avec qui on peut dialoguer et
s'entendre. Il suffit d'avoir levé les yeux vers lui par une belle nuit d'été pour avoir
compris, dans le scintillement vertigineux des étoiles, à quel point il nous dépasse
et nous ignore, nous, nos problèmes, notre anxiété, notre peur de la vie.
Ses lois n'ont pour but que de rétablir à tout moment l'Harmonie Universelle.
Elles ne sont pas faites pour le bonheur de l'Homme et tournent indifféremment à
son avantage ou à son détriment.
La Loi de la pesanteur garantit le sécurité de l'alpiniste qui gravit une paroi... ou
le précipite dans le vide.
Le temps où l'on conjurait sa peur du lendemain en sacrifiant un bélier à Jupiter
ou en brûlant un cierge devant l'autel de la Vierge Marie est révolu à tout jamais.
L'Homme se trouve donc seul face au malheur qui peut fondre sur lui à tout
instant.
Comment peut-il surmonter la peur qu'il en éprouve, cette anxiété, cette
angoisse qui le rongera sa vie durant ?
Dans l'Antiquité, le jour vint où l'on cessa de croire à la protection des dieux, où
l'on cessa de croire qu'un sacrifice fait sur l'autel de Zeus ou de Jupiter pouvait
nous protéger des maux de l'existence. Des philosophes crurent avoir trouvé la
solution du problème. Ce furent les stoïciens, et l'on continue à employer l'adjectif"stoïque" pour qualifier celui qui surmonte le malheur qui le frappe avec une
indifférence qui surprend.
A la Renaissance, l'on cessa de même de croire que la Providence divine
pouvait nous en protéger. Montaigne crut alors avoir trouvé, lui aussi, le remède à
la peur de la vie.
L'illusion des stoïciens
Les stoïciens plaçaient le bonheur dans la pratique de la vertu, comme si
l'Homme pouvait choisir librement entre le vice et la vertu, alors que le
Déterminisme Universel régit à chaque seconde le fonctionnement de notre
cerveau, nous dicte nos pensées, nos décisions, nos actions, le vice et la vertu
n'étant - comme l'a si bien dit Taine - que des produits comme le vitriol et le sucre.
Les stoïciens crurent trouver dans cette conception la sérénité de l'esprit face
aux maux de l'existence. Ceux-ci ne peuvent nous empêcher de pratiquer la vertu,
et donc d'être heureux, puisque la pratique de la vertu suffit à nous donner le
bonheur. Comme disait Marc-Aurèle dans ses "Pensées" :"Ce n'est pas un malheur d'éprouver des accidents, car les supporter avec
courage, c'est un bonheur."
Cette conception serait vraie - même reposant sur un postulat erroné - si le
malheur que nous redoutons ne frappait que notre personne. Mais tel n'est pas le
cas : les maux que nous redoutons, la peur qui nous ronge, concernent
davantage notre famille, nos enfants, que nous-mêmes.
Et dans la pratique, nul ne pourrait voir avec indifférence sa femme atteinte
d'un cancer ou son fils au chômage sous prétexte que cela ne l'empêche pas de
pratiquer la vertu !
Il y a là des liens affectifs, plus forts que toutes les philosophies du monde,
contre lesquels le stoïcisme se brise.
L'erreur de Montaigne
A la Renaissance, l'esprit humain, sortant des ténèbres du Moyen-âge, cessa de
croire en une Providence divine et se mit à nouveau à craindre les maux de la vie,
contre lesquels aucune prière ne pouvait plus lui assurer l'illusion d'une
protection.
Fils spirituel de grands hommes de l'Antiquité, qui n'hésitaient pas à mettre finà leurs jours quand la vie ne leur paraissait plus digne d'être vécue, Montaigne vit
dans la mort une garantie contre tous les malheurs de l'existence, auxquels elle
nous permettra toujours d'échapper le jour où nous nous refuserons à les
supporter plus longtemps :
"Au pis aller, la mort peut mettre fin, quand il nous plaira, et couper broche à
tous autres inconvénients. La mort est la recette à tous maux ; c'est un port très
assuré, qui n'est jamais à craindre et souvent à rechercher."
Cette conception serait vraie - même reposant sur le postulat erroné que nous
pouvons mettre fin à nos jours quand nous le désirons, alors que nos décisions
nous sont dictées par le Déterminisme Universel et que nous ne sommes pas plus
maître de notre mort que nous ne l'étions de notre naissance - si le malheur que
nous redoutons ne frappait que notre personne.
Mais tel n'est pas le cas. Les maux que nous redoutons, la peur qui nous ronge,
concernent davantage notre famille, nos enfants, que nous-mêmes.
Et dans la pratique, nul ne songerait à se suicider pour ne plus voir sa femme
atteinte d'un cancer ou son fils au chômage.
Il y a là des liens affectifs plus forts que toutes les philosophies du monde, qui
l'empêcheront d'ajouter au malheur qui les frappe la douleur d'un deuil cruel et les
problèmes matériels qui en résulteraient pour eux.
Sauf, bien évidemment, si notre mort pouvait faire disparaître les difficultés
matérielles de notre famille en la faisant bénéficier, par exemple, d'une assurance
décès la mettant à l'abri du besoin. Nous aurions, en ce cas, la joie de mettre fin, à
la fois, à nos souffrances morales et aux problèmes financiers de ceux qui nous
sont chers.
Nous aurions... Ce conditionnel est doublement justifié, car nous ne serons
jamais libres de mettre fin à nos jours, de même que nous ne serons jamais libres
d'aucune de nos décisions, d'aucune de nos actions.
Le pire n'est pas toujours sûr
Ni le stoïcisme, ni la fuite dans la mort ne peuvent donc nous guérir de
l'anxiété, de l'angoisse, de cette peur de la vie qui nous ronge, celle-ci durant, à la
pensée des maux qui peuvent fondre sur nous à chaque instant.
Puisqu'aucune religion, qu'aucune philosophie ne peut nous en affranchir, c'est
dans l'expérience quotidienne que nous devons rechercher maintenant comment
atténuer une peur que nous ne pourrons jamais supprimer.
Au siècle dernier, un auteur écrivit une pièce au titre de laquelle il ajouta,
renouant avec la mode d'autrefoisrésumant dans un deuxième titre l'idée
maîtresse de l'ouvrage :
ou le pire n'est pas toujours sûr
Cette petite phrase, qui se grave facilement dans la mémoire, vaut à son auteur
notre reconnaissance et notre gratitude.
Elle atténue en effet notre peur de la vie en nous rappelant que les maux qui la
motivent sont et demeureront le plus souvent purement imaginaires.
Notre esprit est aussi prompt à s'effrayer de malheurs hypothétiques qu'à se
bercer d'espérances chimériques.
Celles-ci donnent lieu à des déceptions souvent cruelles. Par un juste retour
des choses, il est normal que nos anxiétés et nos angoisses soient atténuées à
l'idée que les maux que nous redoutons ne se produiront peut-être, ne se
produiront sans doute, ne se produiront vraisemblablement jamais.
Le pire n'est pas toujours sûr.
Bonheur et malheur
Douleurs et plaisirs, remords, regrets, espoirs et craintes tissent ainsi notre vie
de deux fils : un fil noir, un fil blanc et, celle-ci devenant un mélange de noir
et de blanc, le terme "grisaille" souvent utilisé pour décrire d'un mot
notre vie est très juste.
De ce tissus toujours gris, les uns distinguent mieux les fils blancs que les fils
noirs. D'autres, mieux les fils noirs que les fils blancs.
Chacun connait l'histoire, si amusante et si vraie, des deux clochards assis sur
un banc, une bouteille à demi-remplie entre eux. L'un sourit béatement en se
disant qu'elle est encore à moitié pleine, l'autre soupire en songeant qu'elle est
déja à moitié vide.
Le premier, c'est l'optimiste, le deuxième, le pessimiste.
Cette petite histoire résume, mieux que bien des savants traités, la nature du
bonheur et du malheur.
A l'origine, un phénomène extérieur, une bouteille à demi remplie.
Ce phénomène est la base de notre sensation. Si la bouteille était pleine, nos
deux clochards seraient également heureux. Si elle était vide, également
malheureux. Mais ce qui détermine notre bonheur ou notre malheur, ce n'est pas
seulement l'évènement.
C'est également, c'est surtout l'idée que nous nous en faisons.
Nous ne pouvons rien sur les évènements, ceux-ci, qu'ils résultent des
phénomènes physiques ou de nos propres actions, étant déterminés par les lois
qui régissent l'Univers et l'enchaînement nécessaire des causes et des effets.
Pouvons nous quelque chose sur l'idée que nous nous en faisons et qui,
comme cette histoire le montre, est aussi importante que l'évènement lui-même ?
Certains le prétendirent, et le stoïcisme repose sur la conception que, ne
pouvant changer les évènements eux-mêmes, nous pouvons néanmoins trouver le
bonheur en toutes circonstances en modifiant l'idée que nous nous en faisons.
Cette conception, si elle était exacte, nous permettrait d'être heureux à bon
compte. Elle ne l'est malheureusement pas.
La conception que nous avons des choses dépend du fonctionnement de notre
cerveau, fonction de la structure des neurones qui le composent. On est optimiste
ou pessimiste par nature, comme on est gros ou maigre, grand ou petit, et nous
ne pouvons pas plus modifier notre morphologie cérébrale que notre morphologie
physique.
L' IDEAL
Vivre pour un idéal
Les stoïciens voulaient que nous vivions dans le présent, conformément à ce
conseil de Marc-Aurèle :
" Si tu parviens à écarter les idées de l'avenir et les souvenirs du passé, si tu ne
songes à vivre que ce que tu vis, je veux dire le moment présent, tu seras en
mesure de passer le reste de tes jours sans aucun trouble, dans une noble
indépendance et en parfait accord avec le génie qui est en toi."
Soit, mais qui pourrait ne vivre que dans un présent qui se dérobe
continuellement sous nos pas ? Qui pourrait oublier le futur, qui fond sur nous àchaque seconde en nous rappelant que nous vivrons encore demain et qu'il faut
nous y préparer ?
Or, qu'est-ce que le futur, sinon la peur du lendemain, la crainte des maux qui
nous attendent déja, l'enchaînement des causes et des effets voulant que lesévènement de demain soient déterminés dès aujourd'hui.
Ces maux peuvent nous frapper, frapper ceux qui nous sont chers. Ils ne
peuvent atteindre une idée.
La seule façon d'être heureux, c'est donc de ne pas vivre pour nous, ni même
pour les nôtres, mais de vivre pour une idée, de consacrer notre vie au triomphe
d'une cause que nous croyons juste, de consacrer notre vie à la construction
d'un monde meilleur.
C'est de vivre pour un idéal.
Balzac, dans son roman "La peau de chagrin", nous présente un homme qui,
grâce à un talisman, commande aux évènements, voyant se réaliser chacun de ses
souhaits, ce qui réduit d'autant la durée de son existence.
Foncièrement égoiste, ne formant des souhaits que pour lui, cette homme vivra
finalement une vie profondément malheureuse, tourmenté par la peur d'une mort
qui s'approche inexorablement de lui.
Que cet homme aurait pu être heureux si, vivant pour un idéal, il n'avait formulé
de souhaits que pour sa victoire et si, donnant ainsi sa vie pour lui comme
d'autres la donnaient, à la même époque, sur des barricades, ses derniers regards
avaient vu triompher, grâce à lui, la cause qu'il portait dans son coeur !
Idéal et évolution
L'idéal n'est pas un phénomène individuel. Nul ne peut se forger un idéal, se
donner une raison de vivre extérieure à lui, une idée abstraite, qu'aucun mal ne
saurait atteindre et qui, dès lors, libère celui qui ne vit que pour elle de cette peur
du lendemain, obstacle infranchissable sur la route du bonheur.
L'idéal est un phénomène collectif, survenant nécessairement lorsque
l'Harmonie Universelle exige une mutation de la Société.
Le Déterminisme Universel repose sur l'idée d'une telle Harmonie, d'unéquilibre rétabli par les lois regissant l'Univers et l'enchaînement nécessaire des
causes et des effets chaque fois qu'il est menacé.
Cette harmonie, cet équilibre, nous ne les comprendrons jamais, "par la raison
qui fait que les hannetons ne connaissent pas l'Histoire Naturelle", ajoutait
spirituellement Chamfort.
Le spectacle de la Nature nous les fait toutefois concevoir.
Tout ce qui vieillit, tout ce qui ne remplit plus ses fonctions, tout ce qui est
devenu inutile - étoile ou homme - est condamné à disparaître, à être remplacé par
de nouveaux êtres, remplissant mieux le rôle qui leur est assigné dans
l'organisation de l'Univers. Ainsi s'explique l'évolution des espèces, ainsi
s'explique l'évolution de l'Homme et de la Société.
Lorsqu'une forme de Société a vieilli, qu'elle ne correspond plus à l'évolution
des hommes qui la composent, l'image d'une Société meilleure, l'image d'un
monde meilleur hante les esprits.
Dans l'esprit d'un homme, c'est l'utopie, c'est Platon concevant, dans sa"République", une Société répondant aux exigences de la Raison.
Dans l'esprit de millions d'hommes, c'est l'idéal, c'est Rousseau annonçant,
dans son "Contrat Social" une Société répondant aux besoins des hommes de son
temps.
Idéal et révolution
Une évolution, si nécessaire soit-elle, se heurte à la résistance de l'être destiné
à être remplacé.
La mort du vieillard impotent est nécessaire à l'Harmonie Universelle, pour que,
dans un monde où rien ne se crée, les atomes qui le composent puissent donner
naissance à de nouveaux êtres. Son corps résiste néanmoins, jusqu'à son dernier
soupir, contre sa décomposition inéluctable.
De même, la disparition d'une Société vieillie est nécessaire à l'Harmonie
Universelle, pour que les hommes qui la composent, libérés de ses liens,
puissent reformer une nouvelle Société. Elle résistera néanmoins, aussi
longtemps qu'elle le pourra, contre sa disparition inéluctable.
Toute évolution de la Société culmine donc dans une révolution, combat entre
deux forces opposées, celle de l'avenir et celle du passé. L'idéal est l'image
collective de la nouvelle forme de Société, l'image collective du monde meilleur
pour lequel chacun doit lutter. C'est la force qui fait oublier à ceux qui luttent pour
son triomphe leur propre existence, pour ne vivre désormais que pour un idéal,
que dans un idéal. Aucun mal ne pouvant atteindre une idée, aucun mal ne peut
plus atteindre ceux qui ne vivent plus que pour elle.
Idéal et bonheur
Quand nos grands ancêtres de 1793 inscrivaient sur leurs drapeaux " La Liberté
ou la mort", ils nous indiquaient sans le savoir les deux seules façons d'être
heureux, les deux seules façons de parvenir au réel bonheur en nous mettant hors
d'atteinte de tous les maux de l'existence, de toutes les causes de notre malheur.
L'idéal nous transforme en idée, la mort en néant. Les maux de l'existence ne
peuvent atteindre ni une idée, ni le néant.
Malheureusement, nous ne pourrons jamais choisir un idéal. C'est l'idéal qui
nous choisit, au jour et à l'heure où une révolution est devenue nécessaire et où il
est non moins nécessaire que nous y participions.
Le bonheur qu'il nous apporterait - car nous devons parler au conditionnel - ne
sera donc jamais qu'aléatoire et, lors même que nous le rencontrions sur notre
chemin, qu'éphémère.
Le jour où le changement de Société s'est accompli, l'idéal, moteur du combat
pour l'accomplir, perd sa raison d'être. Le rêve d'un monde meilleur qu'il incarnait
fait place à la réalité d'une nouvelle Société - meilleure, certes, que celle qui la
précédait - mais présentant encore bien des zones d'ombre, bien des
imperfections. Les hommes oublieront vite ce qu'elle leur apporte, et qui finit par
leur paraître tout naturel, pour ne plus voir ce qu'elle ne leur apporte pas encore,
ce qu'elle leur refuse toujours.
L'idéal n'y résiste pas. Il s'atrophie et meurt, et, avec lui, le bonheur qu'il nous
apporta.
LA MORT
Sa vie durant, l'Homme poursuit le bonheur sans jamais l'atteindre. Le bonheur
est, en effet, la satisfaction de tous nos besoins, la satisfaction de tous nos désirs.
Ceux-ci croissent à mesure que nous tentons de les satisfaire, en sorte qu'ils ne
peuvent jamais l'être et que l'insatisfaction est le propre de la nature
humaine.
Alors même qu'ils seraient satisfaits, le plaisir que nous en éprouvons sera
toujours terni par l'idée qu'il prendra fin à plus ou moins brève échéance, alors
que
Alle Lust will Ewigkeit
(Tout plaisir veut l'éternité)
comme le remarquait très justement Nietzsche.
Enfin, il suffit d'une peine ou d'une douleur, physique ou morale, pour ruiner le
bonheur que nous croyions enfin avoir atteint. Ceci explique que le bonheur ne
soit pas de ce monde, pour reprendre la formule consacrée.
Ce bonheur que la vie nous refuse, la mort nous l'apporte.
N'existant plus, nous ne pouvons plus être malheureux, comme le disait si bien
Lucrèce dans ce vers célèbre qui apporte à l'humanité souffrante plus de
consolation que tous les Paradis chimèriques promis par les religions :
NEC MISERUM FIERI QUI NON EST POSSE
(Celui qui n'existe plus ne peut plus être malheureux)
La mort ne peut mettre fin à un bonheur que la vie nous refusera toujours.
En supprimant définitivement nos besoins, nos désirs, elle supprime cette
insatisfaction née d'un désir inassouvi, cette souffrance née d'un besoin
insatisfait. Elle nous libère de tous les maux, qui ne peuvent plus nous
atteindre, de toutes nos appréhensions, de toutes nos craintes, de tous les fruits
amers d'une pensée éteinte pour toujours.
Elle nous apporte le bonheur.
Et puisque la mort est le terme nécessaire de toute vie, chacun de nous voit le
bonheur au terme du chemin que l'existence le contraint de parcourir.
Ce bonheur sera le même pour tous, mais son attente sera différente selon que
l'Homme est plus ou moins malheureux sur cette Terre, nul n'y étant jamais
véritablement heureux.
Pour ceux qui y sont moins malheureux que les autres - pour les optimistes
distinguant mieux dans la grisaille de l'existence le blanc que le noir - la mort
risque d'apparaître comme un mal. A la peur de la vie - qui étreint tous les
hommes - s'ajoutera alors la peur de la mort, la peur la plus injustifiée qu'il soit,
puisqu'elle apporte le bonheur, même à ceux qui la redoutent.
Pour ceux qui sont plus malheureux que les autres - pour les pessimistes
distinguant mieux dans la grisaille de l'existence le noir que le blanc - la mort
appararaitra par contre comme le souverain bien, comme une merveilleuse
délivrance, comme un hâvre de sérénité où ils seront pour toujours à l'abri des
maux dont ils souffrent. Son image atténuera pour eux la peur de la vie, comme la
vue du port réconforte le marin dans la tempête.
Ainsi, dès cette vie, la mort, devant qui tous les hommes sont égaux, rétablit
entre eux une certaine égalité, en rendant un peu plus malheureux ceux qui le sont
peu, beaucoup moins malheureux ceux qui le sont déja trop.
Quand, levant les yeux par une belle nuit d'été, nous rencontrions l'Etre
Suprême, l'Univers étérnel et infini, dans le scintillement vertigineux des étoiles,
comme les dieux créés par les religions, avec leurs grandes barbes, leurs colères
et leurs rancunes nous parurent soudain dérisoires et ridicules !
Quand, maintenant, devant cette conception si réconfortante de la mort qui
nous apportera le bonheur que l'existence nous aura refusé notre vie durant,
nous songeons aux conceptions des religions, comme elles nous paraissent
dérisoires, mesquines et ridicules, avec l'illusion d'une "âme" entrant dans un "audelà"
non moins imaginaire pour y être soumise à un "jugement", être rejetée dans
un Enfer - ou un grand mèchant diable aura bien du mal à torturer l'immatériel - ou
admise dans un Paradis, pour y somnoler l'éternité durant, une palme à la main et
des ailes dans le dos !
CONCLUSION
Dès que l'esprit humain parvient à un stade de maturité tel qu'il se refuse à
croire en un Dieu que nul n'a vu et ne verra jamais, en un Dieu infiniment bon qui
rend les hommes si malheureux, en un Dieu tout puissant qui ne peut empêcher le
toit de son église de s'effondrer, ce jour-là l'esprit humain cherche ailleurs le
principe éternel et infini nécessaire à la compréhension du monde où nous vivons.
Ce principe, nous n'avons pas longtemps à le chercher. Il suffit de lever les
yeux, par une belle nuit d'été, vers le ciel étoilé pour y trouver la réponse à notre
attente : ce principe éternel et infini, c'est l'Univers, cet Univers sans limites où les
hommes, la Terre, le Soleil, notre Galaxie elle-même, malgré ses cent milliards
d'étoiles, se fondent et disparaissent, cet Univers dont le scintillement vertigineux
effraya Pascal.
L'Univers est régi par des lois immuables, ces lois physiques et chimiques que
la Science découvre chaque jour et qui, à leur tour, régissent la Matière dans un
enchaînement nécessaire de causes et d'effets.
L'Homme n'est que matière, et