Inclassables/Inclassés

Sommaire

- Accueil
- Soumettre votre texte
- Nous écrire
- Forum
- Liens et partenaires


La bêtise ordinaire des gens bien intentionnés
par
Raphaël Zacharie de Izarra

La bêtise, la simple, banale, quotidienne, terrible sottise des honnêtes gens de mon quartier m'est particulièrement insupportable.
 
Ainsi dans la tête de ces imbéciles moyens les pompiers morts accidentellement dans les deux tours du Word Trade Center à New York le 11 septembre 2001 ne sont pas des victimes involontaires des attentats mais des héros... Mieux : des demi-dieux, des géants pleins de courage et de vertu qui ont donné leur vie pour sauver non seulement New-York mais encore le monde !

 De simples victimes neutres des circonstances, ils passent du jour au lendemain au statut élogieux et immortel de héros par le simple fait de l'importance médiatique donnée aux événements...

Décidément, les gens de mon quartier sont mes pires ennemis. Surtout cette Madame Dumou, brave ménagère cinquantenaire d'aspect à la fois insignifiant et caricatural avec son cabas plein de poireaux qui dépassent, avec sa pensée lisse, inoffensive, révélatrice de la molesse ambiante de la masse dominante qui lui ressemble... Madame Dumou, femme du peuple sans histoire, bonne, honnête, émotive, "bien comme il faut", propre sur elle est en fait un véritable terroriste de la pensée. D'une extrême dangerosité. L'adversaire irréductible de tout bel esprit épris de hauteurs.

 Ennemie jurée des idées brillantes, élevée dans le culte de la médiocrité et du pot-au-feu du dimanche, Madame Dumou à la base ne croit qu'aux vérités potagères contenues dans son cabas. Depuis son vénérable réceptacle à légumes qu'elle trimbale d'épiceries en superettes, n'importe quel Dupont sous le soleil de TF1 peut, pour un oui, pour un non devenir un messie. Quand je croise Madame Dumou dans la rue, armé de mon sourire lénifiant je prends bien garde à toujours lui adresser mes plus conventionnelles salutations en ne laissant jamais rien paraître de ma véritable nature : elle ne sait pas que j'appartiens à la secte honnie des beaux esprits.


 Raphaël Zacharie de Izarra

---------------------------------

Absolument génial, Raphaël, mais vous dussiez au contraire vous repaître de cette bêtise élémentaire, que dis-je en jouir et ainsi remercier cette brave dame de vous procurer un instant de joie cynique. Et quel plaisir délicieux, aussi, de vous faire passer pour un esprit borné de son acabit alors que vous habitez les sphères supérieures de la pensée.
Pour ma part, savez-vous que j'adore aller boire un verre de gros rouge qui tache dans un estaminet de campagne, Vous savez ces bistrots bruyants, populaciers, aux tables recouvertes d'une nappe cirée et où traîne un cendrier à la marque Cinzano ou Ricard. Là, quand je m'installe, le silence se fait au comptoir parmi les épais buveur de rosé-limonade. Et, intimidé par l'air doctoral que je ne manque pas d'affecter en faisant mine de ne pas les voir, je les entends chuchoter tout bas entre eux. "Regardez, le grand Claude Fernandez, un tel génie,
comme il est simple." L'instant est savoureux.
Claude Fernandez

Ivresse d'esthète

Comment décrire le plaisir subtil et fulgurant de l'esthète que je suis lorsque volontairement je me frotte aux béotiens et me fais passer pour l'un des leurs dans le dessein d'éprouver le vertige de mes propres hauteurs ?

J'affectionne singulièrement la proximité du vulgaire, j'aime le côtoyer avec cette manière sévère et cynique qui est la marque des esprits supérieurs. Le plaisir suprême consiste à me mettre à la portée du premier rustre venu et à me faire passer pour un grossier de sa condition sans rien laisser paraître de ma supériorité. Pour cela je dois me faire violence et masquer cet air hautain inné qui me caractérise.

Sorte de gants blancs de l'esprit, de hauts-de-forme de l'âme naturels aux belles gens, les allures dédaigneuses de la race noble sont des signes de qualité insupportables à la roture.

En certaines circonstances les sangs rares de mon espèce évitent de laisser parler le naturel.

Ainsi, pour passer vraiment inaperçu dans ces bars j'adopte les us odieux de mon entourage. Quand parfois à l'heure vespérale dans un de ces établissements plébéiens j'ingurgite quelque breuvage enivrant, je fais mine d'apprécier l'infâme musique de fond issue du juke-box alors qu'en réalité je ne souffre que les quatuors de Beethoven...

Mon regard croise celui du patron, des clients... Faussement uni à cette assemblée de minables qui pataugent dans leur médiocrité quotidienne, je lève mon verre avec eux aux causes les plus inepte : à la santé de Bébert, à la prochaine baisse des impôts locaux, à l'ouverture de la supérette du coin de la rue... Ennemi de la moindre finesse de pensée, le cercle se referme un peu plus autour du gros rouge. A partir de cet instant, tout est possible. Par exemple, un des éthyliques dans un éclair de stupidité hautement prévisible se lamente, inconsolable, sur le sort de son chien malade puis sans transition cause allègrement météorologie, femmes, automobiles... Au second verre, solennel comme une statue de plâtre, le regard lointain et mystérieux, il se met à débiter des banalités mécaniques au sujet des roues de son vélo, allant jusqu'à invoquer le dieu Michelin avec dans la voix de sincères tremblements d'admiration pour le concepteur de la chambre à air.

En choeur, tous approuvent.

Et moi, depuis mes sphères divines que mes compagnons de beuverie sont incapables de concevoir, je surenchéris.

Mes propos, d'une insignifiance abyssale mais clamés sur un ton plein d'une fureur feinte mi-alcoolique mi-crapuleuse, les flattent et les rassurent jusqu'au fond de leur coeur prompt à battre à la moindre sollicitation "bistrotière", tout en berçant exquisément leurs viscères imbibés de vile piquette... En quelques crachats d'ivrogne je deviens leur grand amiral de zinc, à la vie à la mort.

Je ressors du bar deux fois ivre. Ivre de bière fine et ivre de jubilation cynique.

Le plaisir de la boisson, associé au plaisir de l'esprit, est ainsi décuplé.

Raphaël Zacharie de Izarra

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 





 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 



Coups de coeur

- Le plus grand miracle _du monde
- l'Harmonie des deux _ _mondes
- Au-delà des mots
- Le grand mystère
- Autoroutes et délestages
- L'amour et l'univers
- Contre l'immigration?
- L'esprit et la matière
- Aux pauvres types

Monde d'en bas

- Pauvres matérialistes !
- Honte aux médias !
- Les grands scandales
- On nous cache tout

- Hontes humaines
- Misères des profanes
- Mots de haine
- Hypocrisies du monde
- Démographie
- Putain de guerres !
- Le Futur catastrophe


Monde d'en haut

- Belles pages
- Lettres d'amour
- Epitaphes étonnantes
- Philosophie pour tous
- Religion et illusions
- Esotérisme
- Méditation
- Spiritualité
- Renouer avec le sacré
- L'Ultime Réalité...

Monde entre-deux

- Trouver un emploi
- Avoir tout gratuit
- Abolir le travail
- Idées lucratives
- Comment faire fortune
- Esprit libre
- Esprit rebelle
- Coups de gueule !!!!
- Enigmes du monde
- Le Futur fantastique
- Utopies de déjantés
- OVNI , êtes-vous là ?
- Science et illusions

- Inclassables / inclassés


Visiteurs