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Une Mascarade meringuée
(ou le refus du trottoir)
Par
Emmanuelle Raymond
Pourquoi je ne suis pas mariée ?
Pourquoi je suis seule ?
Pourquoi je n’ai pas d’enfants ?
Avant toute tentative d’explication « rationnelle » : je ne suis ni mariée, ni accompagnée, ni maman, par altruisme, humanisme et charité : pour vous permettre de savourer encore plus intensément votre statut contraire ; pour vous faire vous pourlécher les babines de votre si enviable situation ; pour vous faire vous sentir encore bien plus confortablement installés dans votre vie lisse, conforme et d’une normalité que je vous souhaite « choisie » en votre cœur et âme pleinement conscients….Ce dont je ne peux douter, cela va de soi, vous êtes si « équilibrés »….et rétifs à toute forme de « mimétisme »…Donc Libres, bien évidemment !!!
Je ne suis pas mariée parce que je ne veux pas ne pas me poser de questions et absurdement, pitoyablement, arborer un sourire de circonstance et de satisfaction à l’idée si louable et si répandue de m’être enfin « casée ».
Je ne suis pas mariée parce que je ne veux pas me planquer derrière un statut confortable laborieusement bâti par mes vénérables ancêtres et érigé au rang d’ultime consécration, d’éblouissant et indiscutable épanouissement de notre chancelante humanité devenue dés lors « civilisée ».
Je ne suis pas mariée parce que ce substantif, excepté sa douce étymologie : du latin maris, e signifiant mâle en latin et par dérivation, qui s’en étonnerait ???, trouver un homme pour une femme ??? n’évoque rien de céleste, rien de scintillant, rien de savoureux, qu’une suite de salamalecs prévisibles et fades dont toute personne civilisée et équilibrée se devrait de penser, larme à l’œil et que mes glandes lacrymales à moi ne se manifestent pas à la pensée de ce projet si prisé par bon nombre de mes congénères.
Je ne suis pas mariée parce que je suis une mutante femelle, ni fière ni honteuse, mais quand même un peu teigneuse parfois, de n’être considérée que comme une petite névrosée frustrée vue mon peu d’inclination pour cette cérémonie sociale.
Je suis seule parce que n’étant ni dentiste ni bourreau, je suis un peu lassée de voir certaines tentatives des potentiels prétendants à mon sauvetage de femme esseulée se conclure par un massacre dentaires qui me fait culpabiliser autant qu’admettre que décidément je n’ai pas ma place non plus sur les trottoirs de la séduction où la sincérité, l’humour, la spontanéité, l’esprit et la liberté de penser sont des denrées surannées et désuètes dont tout le monde se fiche et qui ne sont jamais à l’ordre ni du jour ni du bitume.
Je suis seule parce que mon esprit est rétif à tout porte jarretelles, guêpières et batteries de cuisine bien plus obscènes quand ils sont portés par les neurones que par les corps et que ma substance neuronale se sent quelque peu à l’étroit affublée de ces engins.
Je suis seule parce que je ne veux pas d’un prince en solde, créé pour les grandes surfaces afin de satisfaire de petites dindes caqueteuses, fragiles à souhait, disponibles comme on en fait peu, plumées ou pas, pondeuses ou pas, déjà fécondée ou en attente de l’être, mais si frétillantes et bouleversantes d’acceptation sans conditions ou si peu, que ne pas les satisfaire serait criminel et que généreuse et terrassée de compassion je leur laisse volontiers ma place dans le rayon et sur les étalages.
Je suis seule parce que mon prince est très certainement perdu et victime de sortilèges tous plus cruels les uns que les autres dans la forêt de mes désillusions, de mes doutes et de mes craintes et que cette traversée là, je la connais tellement, qu’endormie, il se peut que je l’attende encore pour des vies et des vies….Et que je n’ai que cela à lui offrir, mon attente de lui, sans compromis ni sentiment de pacotille.
Je n’ai pas d’enfants parce que je suis seule et qu’aucun petit spermatozoïde n’est encore parvenu à flatter mes ovules qui ont fine bouche et ne se laissent pas facilement bernés par des ovaires impatients et grossiers, pressés de montrer de quoi ils sont capables.
Je n’ai pas d’enfants parce que je ne veux pas un jour avoir à dire à ce ou ces petits spermatozoïdes mutés en enfant, les yeux écarquillés et bovins : »pourquoi t’es là ??? Bah je sais pas…parce que je ne voulais plus jamais être seule ??? »…. »Parce que ça se fait de faire des enfants ??? Si j’ai aimé ton père ???? Bah oui, enfin je crois ??? Mais je t’aime tu sais » Bah c’est sûr….Ultime propos qui n’accepte aucune contestation sous peine de culpabiliser. Pauvres petites personnes si seules et coupables devant ce lourd aveux de l’amour maternel comme seul sens à leur arrivée ici bas.
Je n’ai pas d’enfants parce que c’est avec mon prince égaré encore dans la forêt cruelle et épaisse de mon histoire que je veux dire à ces petits clones, fruits sacrés de nos retrouvailles à lui et moi, combien nous les avions déjà choisis avant même leur conception, au moment même où mon Prince et moi nous sommes reconnus….
Et tant pis si mon sommeil doit durer encore des vies et des vies.
Emmanuelle Raymond
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