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La lecture, une saine médication
par
Alphonse Legland

Extrait de la chronique littéraire baptisée  «  Dépollution des esprits »

La lecture : une saine médication...

La Bêtise est une maladie congénitale et ce, depuis Adam et Eve. Par le fait, nous sommes tous atteints, même si ce mal varie en gravité d'un individu à l'autre.

Cela étant entendu, la Bêtise est dans l'esprit des hommes une maladie inavouable de telle sorte qu'ils veulent tous donner l'impression de ne pas être contaminés. En raison de ce bien curieux comportement, personne ne parle jamais de la Bêtise ambiante. Cette calamité gâche pourtant la vie de tout le monde, même si c'est en proportion de l'intensité avec laquelle chacun d'entre nous la ressent.

En tout premier, il y a ceux qui, ne supportant pas cette bêtise ambiante, choisissent le suicide.

En second, il y a tous ceux qui, pour la supporter, choisissent de boire plus que de raison.

En troisième, il y a ceux qui font contre mauvaise fortune bon coeur.

En quatrième, il y a ceux qui cherchent à la dédramatiser en feignant de l'ignorer.

Enfin, il y a ceux qui ne ressentent pas cette foutue bêtise ambiante. Ce sont presque toujours les gens les plus atteints dans la mesure où l'on a pu établir de façon formelle le fait qu'à un degré très avancé la Bêtise anesthésiait totalement le cerveau humain.

Personnellement je m'inclus dans la troisième catégorie car je me suis aperçu que la bêtise ambiante avait un effet réactif puissant sur mon intelligence, stimulant cette dernière au point que la qualité de mes réflexions m'étonne quelquefois...

La bêtise ambiante a beau me rendre fou à l'occasion, pour autant elle ne me désespère pas. En effet, tout au long de ma vie, j'ai pu constater que les hommes les plus naturels étaient souvent les moins sots. Cette observation m'autorise à penser que la Bêtise n'est pas le naturel de l'homme. En fait la Bêtise est un registre imposé. Cela est si vrai que la plupart des hommes se sentent obligés d'y composer malgré eux.

Enfin, m'étant rendu compte très tôt que je ne pouvais rien ou pas grand-chose pour soigner la bêtise de mes semblables, je me suis attaché à trouver un traitement pour atténuer la mienne.

J'avoue ne pas être totalement guéri mais j'ose croire que le mal a régressé.

A ce point je dois vous dire que les remèdes les plus efficaces me concernant ont été tous les livres intelligents que j'ai pu ingurgiter. Ces livres intelligents ont beau ne pas être légions, j'ai conscience qu'il en existe suffisamment pour continuer mon traitement jusqu'à la fin de mes jours.

Très honnêtement cela me rassure.

L'ami Alphonse